RÉSUMÉ & CRITIQUE | « Nous et l’histoire » d’Ayi Dossavi

Quel Africain subsaharien, instruit à la hussarde dans ces manuels scolaires, programmant l’amnésie généralisée en guise de leçons d’histoire et présentant le continent sous les fards d’une longue litanie de malheurs (de l’Esclavage à la Colonisation), n’a jamais rêvé d’opérer au laser la cataracte de cette histoire-là? Une histoire imaginaire – à l’instar du musée et de la bibliothèque imaginaires -, c’est ce qu’à tenter de réaliser Ayi Dossavi, en exhumant les souvenirs d’un passé exalté pour raconter l’histoire que « nous aurions dû apprendre à l’école » (p. 49), afin de réenchanter le présent et l’avenir. « Tout homme, prévient-il, est l’histoire qu’on lui a enseignée » (p. 100), il est heureux de constater que tel n’est pas son cas. D’une critique des contrefaçons européocentriques s’abolissant dans une série de malfaçons narratives, l’ouvrage ne manquera pas de soulever beaucoup d’enthousiasme auprès des militants de la cause panafricaine et de plonger les sceptiques dans un tourbillon de perplexités. Malgré son grinçant coup d’éclat contre l’Histoire (avec grand H, c’est-à-dire la « science du passé »), il n’a pas réussi à transformer l’essai – expression désignant au rugby une action offensive d’un joueur visant à aplatir le ballon dans l’en-but adverse. Une chose est sûre, ce livre déroutant et dérangeant ne laisse pas le lecteur indifférent.