Manifeste pour la constitution d’une plateforme nationale de transition

MANIFESTE

  Un cap symbolique a été franchi. La crise de légitimité qui frappe les autorités togolaises a désormais dépassé le seuil d’irréversibilité. Le déni de démocratie, le mutisme du chef de l’État et la violence aveugle que son armée oppose aux demandes du peuple souverain délégitiment les gouvernants actuels du pays au regard des normes internationales. Les récentes violations des droits de l’homme dont s’est rendu coupable l’exécutif togolais pour imposer des élections législatives non inclusives ont coupé le dernier fil qui reliait ce régime à notre peuple. Il apparait nettement que l’ordre politique actuel ne se maintient plus que par la force, l’intimidation et le meurtre. La culture de l’impunité et la pulsion de mort ne sont pas des modes de gouvernement. Faure Gnassingbé et ses collaborateurs répondront judiciairement de ces crimes odieux en temps opportuns. Étant donné les exactions dont se rendent coupables les forces de défense de son régime depuis le début de la crise, le chef de l’État a trahi la promesse républicaine ainsi que tous ses serments constitutionnels. En conséquence, le devoir constitutionnel de combattre toute personne ou groupe de personnes qui tenterait d’imposer ou de maintenir par la force un ordre antidémocratique engage chaque citoyen à tirer les conséquences politiques qui s’imposent. Au nom du pacte républicain bafoué, il est temps pour les Togolais de reprendre en main la gouvernance du pays. L’élection législative exclusive du 20 décembre 2018 n’est que l’ultime avatar d’une politique de confiscation de la chose politique qui n’a que trop duré. Aujourd’hui plus que jamais, les autorités du Togo sont indignes de présider à la destinée d’un peuple qu’ils soumettent aux affres de la violence arbitraire. Le glas de la transition a sonné…

  À la faveur du séisme du 19 août 2017, une coalition exclusivement politique, initialement composée de onze partis d’opposition, a pris la charge de « conclure la lutte » au nom du peuple. Cette coalition, agrandie pour atteindre la masse critique de quatorze formations politiques, a engagé une série d’actions plus ou moins efficaces en vue de provoquer la chute du régime honni. Un an après, la légitimité du régime togolais a fondu comme neige au soleil, sans pour autant qu’il ne donne des signes d’un effondrement imminent sous les coups de boutoir des marcheurs. Le principe de son unité étant basé sur un projet insurrectionnel, la Coalition circonstancielle de l’opposition, fondée sur des divergences tues et des alliances conjoncturelles, n’a pas su négocier le virage diplomatique ni électoral de la crise. Elle en est réduite à opposer la rue aux urnes, brouillant parfois son message et perdant toute imprévisibilité, efficacité et force d’initiative. Pour donner un second souffle à la contestation, le temps est venu de monter en gamme dans l’ingénierie de la lutte. Il est temps de hâter l’avènement d’une nouvelle force politique et une forme de pratique oppositionnelle qui ne se restreignent plus à l’organisation de marches, des appels à Togo mort et des stratégies courtermistes. Il est temps pour la coalition circonstancielle de quatorze partis politiques formée en août 2017 de muter. Il faut passer de la coalescence transpartisane actuelle à une organisation excédant l’étroitesse des chapelles politiques. L’heure est à la métamorphose de la coalition en une Plateforme nationale de transition (PNT) agrégeant des énergies et des talents divers, interagissant avec des communautés de citoyens, la société civile, des intellectuels, des syndicats, des entreprises etc. La Plateforme fonctionnera comme un système réticulaire d’agrégation d’idées et un laboratoire d’incubation de formes audacieuses d’agir politique. Il s’agit ni plus ni moins de construire l’embryon de l’État nouveau devant se substituer à la structure patrimonialisée et militarisée qui régente le pays depuis 1967, en planifiant méthodiquement la stratégie de reconquête de notre pays sur le court, le moyen et le long termes. Il est urgent de démocratiser la lutte, de la rendre horizontale, inclusive et efficiente. Le changement de forme, la promotion de modes d’action alternatifs et la mutation stratégique exigent d’inventer une grammaire politique nouvelle.

Sur le très court terme : définir le contenu et les contours de la Plateforme nationale de transition (PNT). On pourrait imaginer un gouvernement et des institutions fantômes chargés de faire fonctionner un État alternatif. Le défi est de se préparer à gouverner le pays. Un fonctionnement de type mouvementiste s’appuyant sur de la stratégie de mobilisation locale permettra de politiser positivement le ras-le-bol populaire et d’assurer une courroie de transmission entre la base et le sommet, et vice versa. Il ne s’agira plus de mobiliser des corps pour marcher ou pour prendre des balles, mais d’armer intellectuellement les consciences et donner un débouché politique aux demandes sociales.

Sur le moyen terme : secréter des pratiques et des normes démocratiques, accompagner des initiatives citoyennes et actualiser les planifications stratégiques pour accélérer la chute du régime des Gnassingbé. Cela va de l’organisation d’états généraux sectoriels au droit de se déclarer devant la nation togolaise puis devant les Nations-Unies en Conseil National de Transition (CNT), en cas de dégradation accentuée de la situation politique. Par une telle proclamation solennelle, la plateforme nationale de transition et ses institutions fondues en Conseil deviendront les seules autorités légitimes de la nation togolaise. Par exemple, les autorités du Conseil national de transition pourraient invoquer le principe de la responsabilité de protéger contre les cruautés du régime actuel pour déclencher une intervention extérieure (par des moyens diplomatiques, humanitaires, militaires et tous autres moyens visant à faire cesser le massacre des populations), conformément aux Chapitres VI, VII et VIII de la Charte des Nations-Unies.

Sur le long terme : construire un projet de gouvernement de transition inclusif post-Gnassingbé inspiré des conclusions des états généraux sectoriels. Le choix des personnalités devant présider au mandat de transition devra se résoudre par voies démocratiques à l’intérieur de la Plateforme. Le gouvernement de transition aura pour mission de consolider la démocratie togolaise et d’instaurer l’état de droit pour recréer les conditions de possibilité d’un jeu politique sain et transparent.

  L’heure n’est plus aux solutions timorées et aux demi-mesures, il s’agit désormais de reprendre en main le pays pour incarner une alternative radicale au système moribond actuel. Dans l’histoire politique togolaise, les forces d’opposition ont expérimenté des formes organisationnelles diverses et parfois originales pour tenter de triompher du pouvoir protéiforme des Gnassingbé. En 2017, la coalition des quatorze a ravivé la flamme de la résistance citoyenne togolaise. Il appartient désormais à la Plateforme et/ou au Conseil national de transition de poursuivre et d’achever la longue marche du peuple togolais vers la démocratie. Toute organisation qui cesse d’innover et de s’adapter aux mutations contextuelles s’étiole et meurt ! Il ne faut pas avoir peur du changement. La démocratisation de la lutte politique togolaise passe par des ruptures, des continuités et des réinventions accompagnées d’une bonne dose de pragmatisme intelligent. La nuit est longue… car le jour n’adviendra que si nous opposons des éclairs d’imagination au noyau de nuit qui règne depuis 1967.

* * *

  Ce manifeste a été signé par des personnalités, des intellectuels et de simples citoyens provenant de divers horizons et affiliations. Nous ne prétendons pas avoir la science infuse même si nous convenons de l’urgence d’agir pour sortir le Togo de l’impasse. Ceci n’est que l’ébauche d’une réforme organisationnelle de la lutte autour des idées d’alternative et de transition, dont tous les contours restent encore à peaufiner. À travers ce texte, nous appelons donc à des synergies d’actions citoyennes afin de reconstruire un pacte politique, sociale et économique nouveau au Togo fondé sur la liberté, l’égalité, la justice sociale et le respect de la dignité humaine.

POUR SIGNER OU SOUTENIR CE MANIFESTE, NOUS VOUS INVITONS À NOUS ECRIRE ICI OU SUR : pnt.togo@gmail.com

Merci également de noter que vos Nom et Prénom ainsi que vos professions et pays de résidence.

SIGNATAIRES

  1. Adolphe NAHM-LID, Enseignant des écoles (CANADA)
  2. Éric Emmanuel SOSSAH , Avocat au barreau (TOGO)
  3. Edem DOTCHE, Juriste au CGDPC (CENTRAFRIQUE)
  4. Foly-Ekhe FOLIGAN, Psychosociologue (TOGO)
  5. Mohamed MADI DJABAKATE, Politologue (TOGO)
  6. Paul AMEGAKPO, Juriste (GUINEE)
  7. Radjoul MOUHAMADOU, Sociologue et Journaliste (CANADA)
  8. Rodrigue NORMAN, Dramaturge (BELGIQUE)
  9. Tony FEDA, Journaliste (TOGO)
  10. Wali MOUR, Étudiante en arts de la scène (FRANCE)
  11. Frédéric GAKPARA, Artiste (TOGO)
  12. Mahel NDOUMBA, Étudiant en Mathématiques (FRANCE)
  13. David Yao KPELLY, Activiste, blogueur et enseignant (MALI)
  14. Gnimavo Gérard AÏZAN, Écrivain (BENIN)
  15. Katotine Kodjo OGUKI-ATAKPAH, Communicateur (TOGO)
  16. Abdou Rafiou BEREKOU, Anthropologue, (TOGO)

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