ESSAI. Les bonnes feuilles de POUR (VRAIMENT) CONCLURE LA LUTTE

COUV LARG

   «Certes le propos est agaçant, urticant même pour l’opposition togolaise. Mais, les partisans de la dictature auraient tort d’y voir une absolution, un blanc-seing, voire une ombre d’indulgence. J’ai rarement lu réquisitoire plus sévère, mise-à-nu plus implacable du régime togolais. » Foly-Ekhe FOLIGAN, Psychosociologue 

VIENT DE PARAITRE


 TITRE : POUR (VRAIMENT) CONCLURE LA LUTTE

SOUS-TITRE : Diagnostics et thérapeutique de la crise togolaise

PAR : RADJOUL MOUHAMADOU *

ANNEE : 2018

PAGES : 186

ÉDITEUR : Éditions AGO

ISBN : 9791099810242

* RADJOUL MOUHAMADOU est un écrivain-journaliste et essayiste togolais, titulaire d’une maîtrise en sociologie politique ; actuellement étudiant en études internationales au Canada.

 « Le journalisme est illisible et […] la littérature n’est pas lue» Oscar Wilde

 

Présentation


 La lutte pour l’alternance et la démocratie au Togo, sans cesse recommencée depuis plusieurs décennies, semble condamnée à l’impasse. Dernier épisode d’un long feuilleton, le vent de révolte populaire soulevé dans la foulée de l’évènement du 19 août 2017 s’est hélas trop vite essoufflé. Sous le soleil noir de la démocrature togolaise, le leurre succède mécaniquement à chaque lueur d’espoir, le miracle au mirage. L’impasse le dispute à l’impuissance stratégique et la lassitude populaire. Pour vraiment conclure la lutte, il faut d’abord réarmer intellectuellement l’agir politique afin de briser les inerties togolaises. Pour ce faire, commencer par rompre avec l’hémiplégie analytique qui prohibe toute pensée critique de la pratique oppositionnelle, d’une part. Toute pensée féconde de la crise togolaise, d’autre part, doit se faire sous le signe du pluriel, ouvrant le champ du pensable à des points aveugles jusqu’ici inexplorés. En faisant comparaître l’histoire immédiate devant le temps long, le livre affine l’analyse du rapport de force politique, de la topographie partisane, de la géographie électorale et de l’ethnogéopolitique interne. Par ailleurs, une crise politique peut en cacher plusieurs, notamment une crise “de/du” sens, d’horizon, de confiance, du langage politique, avant que d’être juridique et institutionnelle. Cette entreprise de complexification des paramètres de la crise togolaise débouche sur l’esquisse d’un aggiornamento de la praxis des oppositions togolaises. L’ouvrage propose également une stimulante clarification sémantique de notions comme alternance, opposition, transition, démocratie, dialogue etc. En filigrane, il porte l’idée que penser la crise, c’est avant tout panser les mots du politique, réparer les mots usés, désuets et pollués. Pour en conclure que réparer la langue du politique au Togo, c’est réconcilier le mot, l’idée et l’action efficace.

Premières lignes


INTRODUCTION. Une étincelle dans la nuit

“Qui souffle sur le feu a des étincelles dans les yeux.” Proverbe allemand

  Allumer un feu, avec du kérosène sur des cendres froides de la veille, dans un foyer à bois ou à charbon. Combien de fois le spectacle du miracle ordinaire du réveil d’un feu qui dort sous la cendre a-t-il embrasé nos imaginations d’enfants ? Au coin du feu, par une nuit sombre, la braise rougeoyante tenant à distance l’ombre des fantômes. Enseveli sous un drap épais, la lumière chancelante d’une lampe tempête illuminant nos cauchemars. Les fantômes, le feu, la cendre et le bois. Les ingrédients d’un conte de feu tropical, à la tombée de la nuit. Dans cet univers de féeries, les métamorphoses des apparences remodèlent sans cesse les substances des choses et des êtres. Rien n’est véritablement certain et tout est possiblement réversible. Le feu qui brûle incarne l’ardent désir de changement qui irrigue les révoltes du peuple togolais. La cendre, c’est la métaphore de l’évènement qui ne dort jamais que d’un œil. Le bois renvoie à un comburant participant d’une combustion politique catalysée par des forces qui conservent intacts leurs mystères. La longue nuit togolaise assombrie par l’auréole noire de l’exceptionnalisme négatif du pays et la tyrannie d’un régime zombie. Funeste destinée d’un territoire entièrement à part, le Togo fait triste figure d’éternel homme malade de l’espace communautaire ouest-africain : démocratie cosmétique, république buissonnière, État patrimonialisé et militarisé jusqu’à la moelle. Pour éteindre cette nuit, l’éclairer à contre-jour, l’étoile filante qui a déchiré le ciel du Togo le 19 août 2017 a lancé dans son sillage un défi à l’intelligence stylistique, artistique, historique, politique, poé­tique etc… Cette date, appelée à entrer dans les livres d’histoire et à marquer la mémoire collective de générations de Togolais, a-t-elle été autre chose qu’un accident ? Une fenêtre d’oppor­tunité trop vite refermée ? Accéder au panthéon des séismes politiques, d’amplitudes consistantes pour laisser des pics sur le sismogramme de l’Histoire, exige d’accéder au statut d’évè­nement-tournant. La nuance est de taille entre évènement-marquant et évènement-tournant. L’évènement-marquant est fugitif alors que l’évènement-tournant secrète une mentalité durable. Le 19 août 2017 n’a-t-il été qu’une simple évanescence dont les principes actifs se sont aussitôt dissipés dans le flux impertur­bable de l’histoire togolaise ? Ou est-il une effervescence dont le sérum opère une guérison souterraine des marasmes togo­lais ? Va-t-il laisser une empreinte légère ou apposer un sceau durable sur l’histoire du pays ? Va-t-il changer l’axe de polari­sation des forces politiques au Togo ou se borner à recomposer la tectonique des places, des rangs et des privilèges ? C’est le propre des évènements-tournants de toiser nos boîtes à outils conceptuels, de secouer nos certitudes et dilater le champ du pensable. Défi à l’imagination togolaise, le 19 août 2017 est-il un tâtonnement, un commencement, ou un recommencement ? Voici quelques-uns des questionnements que l’événementialité de l’évènement du 19 août lègue à ses contemporains et aux générations qui suivront.

Répondant à cette réquisition, cet ouvrage s’attache à explorer l’évènement 19 août 2017 et le moment politique critique qu’il a ouvert à travers leurs points aveugles. Il ne s’agit pas de dévaler la pente des lieux communs les plus éculés, mais d’ouvrir des perspectives inédites sur les jeux des acteurs pris dans le tour­billon des enjeux de la crise. Le propos est de mettre à la question les fractures togolaises en se déprenant des déformations média­tiques et de la séduction des raccourcis, des sophismes et autres paralogismes. Point n’est question de ratifier les idées reçues, mais de décentrer les regards, de désorienter les focales et d’in­quiéter les évidences. La méthode qui va guider cette entreprise éditoriale et intellectuelle à visée politique sera d’explorer les angles morts et éclairer les points aveugles par un certain pessi­misme méthodologique. L’optimisme étant un puissant opium du genre humain, le pessimisme de l’intelligence sert à faire contrepoint aux aveuglements volontaires, à faire contrepoids aux illusions d’optique et autres biais interprétatifs. Les points aveugles ne sont pas des lieux vides, mais des points d’appui pour repartir à la conquête du sens. Les angles morts sont des réservoirs, abritant des excédents de bagages conceptuels, des adventices et des externalités positives de la comptabilité géné­rale de la force des choses. Ces surplus, tout sauf superflus, dont l’éclat lumineux aveugle l’observateur, concentrent avec acuité toute l’invisibilité du visible. Le plus dur en politique est tou­jours de voir ce que l’on voit. L’épreuve du réalisme politique -voir les choses telles qu’elles sont et non telles qu’on aimerait qu’elles fussent- requiert de décaler l’attention du juridisme desséchant vers une analyse évènementielle, phraséologique, géopolitique, électorale, sociologique, historique, etc. À l’is­sue de cette confrontation avec la dure nécessité des choses, il faudra fonder une autre politique du regard et se forger une mentalité politique nouvelle consistant à renoncer aux incan­tations éthérées.

En dernière instance, l’objet de cette entreprise de dessille­ment des yeux est de dénuder tous les fils de la crise afin de forger des outils sur mesure pour conclure définitivement l’interminable lutte du peuple togolais. Il faut pour cela partir d’un bon diagnostic et se défaire de la dangereuse habituation à une automédication ruineuse, pour enfin se prescrire la bonne ordonnance. Ces métaphores médicales indiquent qu’il faut, au sens le plus commun, mettre les bons mots sur les maux togolais. Conclure vraiment la lutte passe impérativement par la mise au pouvoir d’une imagination politique qui rende possible l’impossible, pensable l’impensable, et qui apporte des “comment” à tous nos “pourquoi”. Conjurer l’échec annoncé, c’est comme le notait Nietzsche, pouvoir vivre avec “n’importe quel comment” tant qu’on possède un “pourquoi” qui tient lieu de but. Pourquoi donc les rayons du jour qui vient sont-ils voilés par un banc de nuages noirs, qui, les masque aux regards des sentinelles de la liberté guettant son apparition à la lisière de la nuit depuis 1960 ? Comment conjurer le droit mal-à-droit[1], le mal-gouvernement et la mal-représentation pour sortir le Togo de la crise sans fin ?


[1] L’idée de droit mal-à-droit pointe le fait que le Togo a toujours eu mal à son droit. Elle renvoie à un régime juridique dans lequel l’inflation législative et l’instrumentalisation de textes juridiques mal ficelés et ambigus, comme des tigres de papier, se montrent impuissants à enclencher l’instauration effective de l’état de droit et la démocratisation du régime togolais. La notion est inspirée de DAVID Philippe, (2015) Togo 1990-1994 ou le droit maladroit. Chronique d’un effort de transition démocratique, Paris, Karthala, 368 p.

 

Disponible en pré-commande auprès de l’editeur

 

 

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