TOGO. Les bonnes feuilles de SEXE FAIBLE, MAILLON FORT

MFSF11

  Sur la forme, « SEXE FAIBLE, MAILLON FORT » est un récit qui brosse le portrait de sept femmes, provenant de tous les quatre coins du Togo, passées par le CHR de Sokodé dans le cadre des campagnes médico-chirurgicales de réparation des fistules obstétricales. C’est un livre-témoignage librement inspiré de parcours biographiques réels. Le court récit buissonne sur 130 pages et s’étalonne sur deux chapitres : le « Travail » et la « Délivrance », comme les deux phases de l’accouchement. La référence aux étapes de la parturition n’est pas fortuite, elle souligne, à quel point la fistule obstétricale est un « attentat contre la maternité». Un attentat qui blesse dans leurs corps et leurs âmes ces femmes qui se sont « déchirées dans leurs chairs comme du textile bas de gamme importé de Chine en donnant la vie. » Au Togo, le phénomène touche essentiellement les femmes vivant en milieu rural. En 2010, on recensait 250 femmes souffrant de la fistule obstétricale au Togo et l’enquête MISC4 a révélé que la prévalence était estimée à 0,03% (soit 3 cas sur 1000 accouchements) dans les tranches d’âge comprises au-dessus de 15 ans. Le présent ouvrage a pour ambition de « mettre en lumière l’aspect psychosociologique et l’expérience intime de la pathologie. […] Les chirurgiens et les kinésithérapeutes s’occupent de l’aspect somatique et physiologique de la maladie, il revient aux mots et à la littérature d’exorciser les blessures sociales invisibles, infligées indûment à ces femmes. Il revient aux mots de rendre à ces femmes leurs lettres de noblesse, de les resituer à leur juste place dans l’ordre social, celle de mères des nations, de maillon fort de nos sociétés. ».

 

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Extrait


« Des funambules en équilibre fragile sur la corde raide de la vie. Des silhouettes d’ombres en voltige sur des poussières de temps volages. Des destins écrasés entre l’enclume des traditions inertes et le marteau de la précarité sociale. Les cernes défigurés par la chaleur, les rides accentuées par l’âge et la rudesse d’une vie paysanne passée à ensemencer, à labourer et à bichonner la terre. Une vie monotone entrecoupée par l’enchaînement successif de saisons sèches et pluvieuses. Vue de l’extérieur, la vie rurale reflète tous les accents d’une vie lyrique, une vie de poésie où l’humus de la sueur dessine des sillons sur des visages rougis par l’effort. Le travail de la terre devient vite un travail de forçat quand l’agriculture de subsistance est pratiquée avec des outils rudimentaires. Des muscles fermes, des paumes couvertes d’ampoules et la douleur de vivre… La sueur de l’effort irrigue le sol brun des champs de sa fertilité naturelle. On y respire toute la chlorophylle de ses feuilles, en prenant une bouffée d’oxygène pendant qu’on promène ses narines dans les hectares de céréales. Rien ne semble désaltérer la soif d’étendre son empire champêtre vers l’horizon lointain. La solidarité entre paysans, les greniers pleins à rebord et le chant des moineaux au faîte des épis de maïs en fleurs. L’insouciance et la légèreté de l’art de vivre avec le minimum, les subtilités culinaires et les recettes à trois sous qui affolent les papilles. Des dabas perchées sur des épaules d’hommes et des fagots de bois sur la tête des femmes au coucher du soleil. Ils s’en vont rejoindre leurs maisons en terre battue à la toiture de paille nichées sous les grands baobabs. Le vacarme des enfants jouant à cache-cache va bientôt étouffer la symphonie des champs. Les dernières ombres allongées se faufilent entre les tiges de mil et se perdent dans les parcelles. Le jour peu à peu s’éclipse pour laisser l’estrade à un concert de crissements de cigales en chaleur. Dans ce décor de nature morte, les femmes apportent une nuance de couleurs qui jure avec le manque de panache des éléments. Elles couvent les champs, bercent les hommes, entretiennent la maisonnée et remplissent le temps. Mais le village est enrobé dans un temps mort qui s’écoule, parfois en cascade, souvent en bloc. L’ennui s’installe dans les raideurs des instants fugaces où couchés dans de sombres vestibules, les hommes se reposent sur des nattes. Pour échapper à la pesanteur du temps, ils s’abritent sous l’ombrelle convexe et protectrice des femmes, sous les latitudes paradisiaques des tropiques. Elles sont au four et au moulin, déchirées entre leurs casquettes d’épouses et celles de mères. Pour ceux et celles dont ces décors, d’une beauté intemporelle, ont meublé la scène de la vie quotidienne depuis la naissance, il est difficile de s’en éloigner définitivement. Tous les quatre éléments de la matière y sont réunis : la terre, le grand air, l’eau et les enfants qui jouent à allumer des feux de brousse. Il y a soi, tous ceux qu’on aime et des pépinières d’espoir à perte de vue qui ne demandent qu’à être fécondées. Face à ce trop-plein de bonheur, les mirages et les infrastructures de la ville semblent à certains égards bien dérisoires. Et pourtant…

  Derrière une porte métallique à vitre fumée, légèrement ouverte, quelques voix de femmes bourdonnaient dans le crépuscule frais et sec de Sokodé. Le couloir désert du Bloc opératoire s’enflammait et s’éteignait au rythme des éclats de rire et des creux de silences. Elles se racontaient leurs histoires, leurs enfants, leurs hommes, leurs villages, leurs chaumières et leurs expériences au Centre Hospitalier Régional (CHR) de Sokodé. Pour la plupart, elles étaient là depuis bientôt un mois. Le mal du village commençait par se faire sentir. Certaines ne boudaient pas leur plaisir de profiter des commodités de la vie urbaine, alors que d’autres la tempéraient. Sans doute, les premières pensaient-elles au train-train quotidien de la vie à la ferme, privée d’électricité et parfois même d’eau potable. Ici, elles avaient l’eau à portée de robinet et un lavabo dont elles ne savaient pas vraiment s’en servir. Indéniablement, elles avaient pris goût au confort de cette vie urbaine qui incite beaucoup de villageois à l’exode rural. Et pourtant, cette vie dans les draps douillets de l’hôpital était d’un confort relativement basique : un lit sans oreillers ni traversins, une chambre en dur certes et la lumière terne des ampoules au néon. De plus, elles s’étaient accoutumées à cette oisiveté flemmarde que seule la convalescence savait instiller. Des journées entières agrafées au lit, à se délecter du sommeil- réparateur, avec une armée de médecins aux petits soins. La vie au village est généralement très rude, quand on fait abstraction de ses décors bucoliques. Elles n’avaient pourtant connu que cela, donc fatalement elle leur manquait à toutes, à des proportions différentes. Le village représentait pour elles la vie réelle : la reprise des corvées d’eau, des tâches ménagères et des travaux champêtres… Les plus enthousiastes à l’idée du retour avaient déjà bouclé leurs affaires depuis la veille et les autres remettaient le pliage des pagnes au plus tard possible. Elles le feront in extrémis, car le départ de l’hôpital est prévu pour le lendemain à la première heure. Qu’elles le voulaient ou non, cette petite escapade urbaine était belle et bien finie. Le retour à la vie réelle était proche. Ce séjour était certainement l’un des plus importants de leurs vies, sa fin avait le goût amer d’un retour vers le passé aux faux airs de nouveau départ. Et pour cause, secrètement, elles rêvaient toutes de retourner dans leurs communautés pour prendre leur revanche sur ceux et celles qui s’étaient moqués d’elles, pendant que, mises au ban de la société, elles souffraient le martyre. Elles diront sans doute à leurs ex-détracteurs qu’elles ont triomphé de leurs préjugés et de leurs railleries imbéciles. Elles avaient été sauvées des griffes des fistules obstétricales ! Elles diront : « Je ne me pisse plus dessus. Voyez, je suis redevenue normale ! ». Mais seulement, redevient-on normal après avoir aussi longtemps souffert d’exclusion sociale ? La foi en l’humain pouvait se retrouver ébranlée, au regard des traitements stigmatisant que la société pouvait infliger à ses membres jugés défaillants. Cette expérience malheureuse laissera sans doute des séquelles sociales durables. Il faudra, à coup sûr, réapprendre le goût de la normalité, baisser la garde et réapprendre à avoir des rapports simples avec les autres.» (p. 19-23)

Pour suivre les aventures de Yawa, Awa, Safiétou, Agbéchi, Kéké, Tchilalo et Sérifa, courez acquérir SEXE FAIBLE, MAILLON FORT.

Disponible dans les bonnes librairies 
Auteur : Radjoul Mouhamadou
Genre : Récit
Nombre de page : 130
Prix : 3500 FCFA

Points de vente 
Star Librairie (face à Renault)
Librairie Bon Pasteur (Grand marché de Lomé, face à Ecobank)
Boutique TOGOCEL rond-point Akodésséwa (avant les rails) Tél : 90087291
Agence SAHAM ASSURANCES rond-point Akodésséwa (avant les rails), Tél : 90087291
Siège des Éditions Continents, Tél : 90090923
-Dans les bureaux de Poste sur toute l’étendue du territoire togolais (à partir du 24 août 2018).

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