TOGO. Atchadam : la voie et le phénomène

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« Malheur aux peuples qui ont besoin de héros », cette formule lapidaire du dramaturge allemand Bertold Brecht invitant à rompre avec le messianisme en politique prend un peu à rebrousse-poil le traitement médiatique ronflant du phénomène Tikpi Atchadam mais permet d’explorer la voie étroite qu’il trace dans le sillon de la vie politique togolaise. Avec la répression des manifestations simultanées du 19 août 2017, cet homme politique togolais relativement inconnu avant cette date, a touché le Graal, c’est-à-dire a attiré la sympathie de ses petits camarades de l’opposition et les projecteurs de médias internationaux qui croquent avec délectation la brutalité du régime cinquantenaire de Lomé. Une violence hystérisée révélatrice du visage d’un régime qui est devenu la caricature de lui-même mais qu’il serait imprudent de penser sur le point de s’écrouler. Voulant accélérer l’histoire plus qu’elle ne s’accélère, certains observateurs estiment que Tikpi Atchadam apporte un « nouveau souffle » à la politique togolaise. Ce qui n’est pas pour déplaire à l’intéressé, puisse qu’il assure avoir créé le PNP (Parti National Panafricain), pour anticiper l’« essoufflement » des partis d’opposition traditionnels. À ses partisans, couchés dans un seul lit pour deux rêves, d’autres commentateurs plus généreux promettent la chute du régime de Faure Gnassingbé grâce à un Atchadam transfiguré en nouvelle tête de proue de l’opposition togolaise. La politique n’est-elle pas l’art de vendre des rêves à dormir debout ? Sauf que ce somnambulisme analytique et militant pourrait nous réserver un réveil encore plus brutal. L’appareil de sécurité et de défense « intérieure » étant au service exclusif du régime, il ne faut pas trop vite vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué.

La bonne nouvelle du phénomène Atchadam, c’est qu’une partie des Togolais retrouvent la foi en la politique alors que les chapelles politiques de l’opposition se sont progressivement vidées depuis le suicide politique de la figure même du messie. On se souvient qu’en 2010, Gilchrist Olympio, après avoir cristallisé pendant deux décennies la figure du sauveur suprême, de l’homme providentiel et l’incarnation du désir ardent d’alternance du peuple togolais, avait rendu le costume de super-héros. Et depuis, il s’en était trouvé personne avec suffisamment de carrure et d’épaisseur pour chausser les bottes de Gilchrist. Jusqu’à ce qu’après moult essais, une certaine presse décide d’accoucher au forceps un leader dopé d’articles dithyrambiques et d’adjectifs qualificatifs flatteurs pour mettre fin au syndrome de la poule sans tête qui accable l’opposition togolaise. Ainsi le ballon Atchadam a été gonflé à l’hélium médiatique pour être mis en orbite politique.

Analyser sérieusement le phénomène Atchadam, c’est le décortiquer sereinement contre la dictature de l’émotion et par-delà les intimidations d’une vulgate sédative d’opposition qui en a fait une figure totémique. Qu’est-ce que le succès d’Atchadam dit de la vie politique togolaise ? Que dit-il de ceux qui le supportent ? Quelles perspectives nouvelles ouvre-t-il dans la lutte pour l’alternance au Togo ?

Ordre et mesure

Tikpi Atchdam est-il juste une bulle médiatique condamnée à faire pschitt ou un phénomène politique durable capable de nous sauver de la médiocrité ambiante ? La question est d’autant plus légitime que le 19 août dernier, Republicoftogo.com, portail internet de l’Etat togolais, le qualifiait de leader d’un « petit parti » parti d’opposition. Les éditocrates d’Etat n’ont sans doute pas anticipé l’onde de choc subséquente aux manifestations de Sokodé, Kara, Bafilo, Anié et Lomé. Il serait souhaitable qu’une nouvelle pesée soit réalisée suite au tintamarre qui a suivi la marche violemment réprimée par les forces de sécurité. D’autant que le leader du parti au cheval est en passe de changer d’écurie et que son réseau social a été quelque peu chamboulé. L’effet de sa « démonstration de force » a été immédiat. Il l’a hissé de poids plume à poids lourd entrainant de fait sa montée en grade politique dans la nomenclature de l’opposition togolaise. Le chef de file Jean Pierre Fabre, qu’il appelle affectueusement son « grand frère », a, dans la foulée, accepté sa main tendue (sa « demande d’ami » longtemps restée en souffrance) et décidé d’écourter son séjour en Europe pour rentrer au pays lui apporter son onction. Changement de statut donc pour Tikpi Atchadam qui passe du Front Tchoboé (coalition formée en 2015 avec des ODDH, Abass Kaboué, Nicodème Habia, Claude Ameganvi entre autres contre la participation de l’opposition à la présidentielle de 2015) à la table du CAP 2015 (Combat pour l’Alternance Politique en 2015). Il pourrait même bientôt quitter la division préfectorale pour intégrer le onze national de l’opposition. Une véritable promotion qui cache naturellement des calculs politiciens de part et d’autre. Les principaux partis l’opposition (CAP 2015 et G6) entendent surfer sur la vague de cette manifestation pour faire monter la pression sur le gouvernement afin d’obtenir les réformes et Atchadam entend acquérir une stature nationale.

Jusqu’ici le leader PNP ne recrute massivement de partisans que dans les cercles très restreints de son groupe ethnique Tem (Kotokoli). Ce qui lui vaut d’être taxé de leader d’un parti à base purement monoethnique. Accusation rejetée par ce dernier … mais à ne surtout pas écarter sans examens préalables. D’une part, parce que tous les partis politiques togolais fonctionnent sur ces mêmes réservoirs (monoethnique ou polyethnique), et d’autre part, parce que les manifestations n’ont touché essentiellement que des citoyens Tem, des villes majoritairement Tem et des quartiers à forte coloration ethnique Tem de Kara et Lomé. Pour preuve, les accusations de radicalisme islamiste contre le leader du PNP, qu’aucun élément tangible n’étaye, se fondent sur une assimilation pernicieuse de la monoethnicité des sympathisants au fait que les Tem sont majoritairement de confession musulmane. Plus sérieusement, la cartographie des manifestations du 19 août recoupe grosso modo la carte de la distribution géographique des Tem au Togo. Avec Sokodé pour centre névralgique, le monde Tem (Kotokoli) s’entend sur trois régions principalement (Kara, Centrale et Plateaux) avec de fortes colonies dans les deux autres régions, dont la plus importante est située au nord de Lomé (Agoè-Zongo, Togblékopé etc.) Sous cet angle, il n’est donc pas étonnant que les manifestations aient été particulièrement violentes et meurtrières à Sokodé, et que Kara, Bafilo, Anié ou la banlieue nord de Lomé aient répondu favorablement à l’appel du PNP. De l’Allemagne aux Etats-Unis, la communauté Tem est l’une des plus importantes et les plus actives parmi la diaspora togolaise à travers de le monde.

Bref, le succès de Tikpi Atchadam reste pour le moment circonscrit à son périmètre ethnique même s’il résonne avec un désir généralisé d’alternance authentique mais refoulé qui touche l’ensemble des Togolais et qui ne resurgit que par spasme. Le défi pour lui est d’étendre le domaine de sa séduction au-delà du cercle limitatif de son groupe ethnique, étant donné que les Tem (Kotokoli) font moins de 10% de la population générale togolaise. À sa décharge, l’ethnicisation de la politique n’est pas une invention du PNP. En réalité, les leaders politiques togolais revendiquent tous, plus ou moins, des baronnies et des fiefs politiques clos sur les frontières de leurs communautés ethniques respectives. Le régime des Gnassingbé se maintient en jouant la carte ethnorégionaliste du Nord contre le Sud. Même l’opposition au Sud ne dédaigne pas instrumentaliser les passions ethniques à des fins inavouables.

À front renversé

Clairement, Tikpi Atchadam n’est pas le premier politicien à ratisser sur des terres ethniques, mais il est le premier à le faire de façon aussi décomplexée et à l’avoir même théorisé. À longueur d’interviews, il appelle à un quadrillage spatial du terrain par les différends leaders d’opposition, suivant un maillage purement ethnique ou ethnorégional, pour couper l’herbe sous les pieds du régime, surtout dans ses bastions du Nord. C’est ce qu’il appelle « labourer le terrain ». Cette stratégie à visée purement électoraliste entend jouer le même jeu que le régime en utilisant la même arme : l’ethnicité. De façon plus prosaïque, il entend déployer une stratégie de l’encerclement d’UNIR sur ses bases du Nord par des mobilisations ciblées et coordonnées sur plusieurs fronts à la fois. Pour ce faire, Atchadam prône une opposition « à plusieurs têtes » afin d’acculer le régime. Le succès de la manifestation du 19 août est la matérialisation de la possibilité ouverte d’un décrochage du wagon Tem de la locomotive électorale UNIR. Il en appelle à un marquage d’UNIR dans la région des Savanes par Aimé Gogué afin de fracturer l’électorat Moba, et ainsi de suite…

Cependant, l’efficacité d’une stratégie d’encerclement repose sur trois variables impondérables : (1) un challenger unique au Sud ; (2) multiplication de candidatures pouvant réellement grappiller des voix à UNIR au Nord et (3) faire jouer l’abstention différentielle au profit du challenger. Elle a été testée de façon non coordonnée en 2015 mais s’est évidemment soldée par un échec à cause de la forte abstention au Sud (dont le pic a été atteint dans le Yoto avec 61,86% de non-votants) et de la faiblesse des candidatures au Nord. Néanmoins, on peut risquer l’hypothèse que mieux organisée, la tactique de l’encerclement puisse faire battre UNIR en 2020, même et surtout dans un scrutin à un tour.

Il ne faut pas se raconter d’histoire. En cas de retour à la Constitution de 1992 (revendication principale du PNP), c’est-à-dire en cas de restauration de la limitation du nombre de mandat à deux et de réinstitution du scrutin majoritaire à deux tours, il faudra une stratégie électorale cohérente et concertée pour battre Faure Gnassingbé ou le candidat d’UNIR quel qu’il soit. La lubie qui consiste à faire une fixation sur une « limitation de mandat avec effet immédiat » ou sur l’application du principe juridique de rétroactivité (soit non-remise à zéro du compteur) en vue d’écarter Faure Gnassingbé du pouvoir n’inclut pas nécessairement que l’opposition, en rangs dispersés, remporte les prochaines présidentielles. Là se situe l’absence de cohérence de la méthode de Tikpi Atchadam, car en appeler au retour de la Constitution de 1992, notamment au scrutin uninominal à deux tours, ce n’est pas la panacée, parce qu’il incitera à la multiplication de candidatures (au Nord comme au Sud) au premier tour dans l’espoir d’un rassemblement au second. Cela comporte deux risques : (1) permettre au candidat du pouvoir de passer dès le premier tour avec 50 plus une voix et (2) rendre caduque la stratégie de l’encerclement au second tour. Sur ce point, Atchadam est un idéaliste pragmatique, qui semble souffler le chaud et le froid. Il fait le grand écart entre l’aventurisme insurrectionnel et une ligne électoraliste classique. Néanmoins, il est plus rentable politiquement de préparer le peuple aux urnes que de l’exposer dans la rue aux sbires du régime.

Par ailleurs, une stratégie même bien ficelée ne résout pas le problème de leadership. Si en multipliant les signes de déférence à l’égard de son « grand frère » Jean Pierre Fabre, il place sa cause au-dessus de sa propre personne par une humilité qui l’élève, tel n’est pas le cas de tous ses camarades l’opposition. En se cantonnant au simple rôle de variable d’ajustement dans une stratégie électorale concertée, il se dénie le statut de sujet politique à part entière pour se réduire à un complément d’objet direct. Tikpi Atchadam prouve par là qu’il manque d’envergure nationale pour prétendre seule à la magistrature suprême. D’ailleurs, à ce sujet, lui-même ne se fait pas d’illusion et ne cesse de tendre la main sans arrêt au chef de file de l’opposition afin qu’il « organise les forces en lutte pour l’alternance ». Pour étancher ses appétits politiques, le PNP pourrait bien faire son entrée au Parlement à l’issue des prochaines législatives. Selon les projections, le jeune parti pourrait bien glaner des sièges en 2018 dans les préfectures qu’il a su mobiliser le 19 août, il s’agit notamment de Tchaoudjo, Bafilo, Anié et moins probablement dans celle du Golfe.

Les ethnies contre la démocratie

Les sentiers du vote ethnique sont les plus courts chemins vers la désintégration de la communauté nationale. L’ethnie est une voie qui a mené nombre de pays droit dans l’abîme. En faire un fonds de commerce est un faute politique et morale à la fois. Il faut dénoncer ce chemin de traverse dangereux qui a conduit au noyautage de l’Etat et à la prise en otage de la démocratie par l’ethnicité au Togo. L’exaltation du sentiment ethnique, est une voie d’impasse, elle va à contresens de l’érection d’un sentiment national. Que voulons-nous ? Fonder une République une et indivisible ou un bric-à-brac d’ethnies vivant les unes à côté des autres sur un même territoire et n’ayant aucune histoire en partage ? La fonction du travail politique c’est d’accoucher un « peuple-Un », pas de le segmenter, balkaniser et clientéliser à des fins de légitimation et d’exclusion. La question essentielle à laquelle personne n’ose répondre depuis l’indépendance du Togo est celle du type de communauté politique que nous voulons former au-delà de nos diverses appartenances ethniques.

Il est urgent pour l’opposition togolaise de sortir du piège de l’ethnicité parce qu’il est politiquement inefficace et socialement dangereux. D’une part, parce que le pouvoir est meilleur au jeu de l’instrumentalisation ethnique pour se maintenir. D’autre part, parce qu’un pays dont la vie politique est structurée sur un clivage ethnique n’est jamais loin de la guerre des ethnies. La guerre des « nous » contre « eux », c’est la logique des dynamiques génocidaires. Hutu contre Tutsi au Rwanda, Dinka contre Nuher au Sud-Soudan, Luo contre Kikuyu au Kenya et j’en passe des meilleurs. Une opposition responsable ne devrait pas combattre avec l’arme de l’ethnicité mais la combattre sans ambiguïté.

5 commentaires Ajouter un commentaire

  1. Adolphe Nahm-lid dit :

    Tous les partis politiques reposent sur une base ethnique. Atchadam à été clair à ce sujet. Il veut en premier bâtir un noyau dur et ensuite aller chercher d’autres partisans.
    Si l’opposition présente un candidat unique au premier tour en 2018, elle pourra la gagner sans même aller au second tour. Je m’explique : atchadam et Gogue vont bousculer unir dans ses bases du Nord et l’ANC et les autres partis saccaparent du Sud comme d’habitude.
    Dans l’optique où les partis de l’opposition décident d’aller aux élections en rangs dispersés, en aucun cas Unir ne peut obtenir une majorité absolue ( 50+ 1 voix). Candidature unique ou non, il est évident que Atchadam et Gogue arracheront des voix à Unir au Nord.

    1. D’abord l’élection de 2018 sera législative. L’opposition ne peut donc pas proposer de candidature unique mais éventuellement une liste unique de plusieurs candidats. Ce qui est loin d’être gagné. Si nous restons dans une logique purement ethnique, à la présidentielle de 2020, une multiplication de candidatures au Sud comme au Nord va inévitablement émieter autant les voix d’UNIR que celles de l’opposition. Par exemple, le Yoto votera probablement pour Apévon tout comme son abstention en 2015 a fait battre Fabre. Autant Gogué et Atchadam grapilleront des voix à UNIR au Nord, autant Apévon, Agbéyomé, Adjamagbo etc feront perdre des voix à Fabre (le « grand frère » d’Atchadam) au Sud. Le principe du scrutin à deux tours, c’est chacun pour sa gueule au premier tour débouchant sur un « tous contre un » au second tour. Ce principe s’oppose à la stratégie de l’encerclement telle qu’Atchadam prétend la défendre. Simplement, parce que le deuxième tour sera un duel (Fabre contre Faure). Il n’y aura plus d’Atchadam et de Gogué au Nord pour prendre des voix à UNIR ni d’Apévon et compagnie au Sud. Alors que la stratégie de l’encerclement c’est Faure contre Fabre + Atchadam + Gogué (et autres candidatures au Nord).
      Pour finir, ce que je trouve dangereux c’est l’articulation de la politique sur des calculs ethniques. Dans le cas de la stratégie de l’encerclement on additionne des Ewé + Kotokoli + Moba contre les Kabyè + Bassar + Losso comme si c’était normal. De l’opposition des ethnies dans les urnes à la guerre des ethnies dans les rues, il n’y qu’un pas. L’instrumentalisation des ethnies est un danger pour la paix et pour la démocratie au Togo.Je suis contre cette façon de faire la politique. La République fabrique de la citoyenneté pas de l’ethnicité. Et l’ethnicité c’est le contraire de la citoyenneté. Je suis Togolais avant d’être Moba, Kabyè, Ewé etc… L’inverse est contraire au vouloir vivre ensemble au-delà de nos affiliations ethniques.

  2. lepsydu228 dit :

    Merci mon frère MOUHAMADOU pour cette analyse, nous sommes dans une ère où les togolais devraient cesser de se faire berner par des analogies à caractère ethnique, ce que l’opposition appelle par tous les togolais veulent le départ du régime UNIR reste à être vérifié. Puisque d’autant que je le saches, ce nombre regroupé dans la rue ne fait même pas le 5e de la population électorale togolaise. Le peuple Togolais à certes besoin de changement; il s’agit là d’un changement de mentalité que se soit du côté de parti au pouvoir que les soit disant opposants car cette opposition n’est pas de taille même si elle trouvait des sympathisants sur la planète Mars puisqu’elle ne sait même pas ce qu’elle veut; elle n’a aucun programme pour ce pays. Autant laisser ceux qui sont là et qui essaient de faire quelque chose continuer et c’est en apportant vos idées, pensées et critiques positives que ce Togo sera ce que chacun voudrait. Ce n’est pas en venant au pouvoir que ça va changer car le jour vous viendrez au pouvoir, il y aura toujours des opposant. On est fatigué de tout ça!!!

  3. Shaunte dit :

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  4. Latia dit :

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