TOGO. Demain, la Révolution ? [1/3]

DOR_gallerybig (6)

  Toute société qui rechigne à la réforme dérive dangereusement vers la révolution. C’est la principale leçon que nous livrent autant les récents Printemps arabes que la Révolution française et la glorieuse révolution anglaise. La convulsion de l’émeute populaire, l’effervescence des passions, les têtes de Marquis sur des piques, le lynchage d’un Guide déchu et le guillotinage des têtes couronnées  n’expriment que l’exaspération paroxystique d’une volonté de réforme longtemps étouffée. Le délire révolutionnaire, traduit en langage freudien, n’est rien d’autre que la réalisation déguisée d’un désir de réforme qui a été refoulé. L’élément déterminant dans le déclenchement d’une éruption révolutionnaire, c’est ipso facto l’échec d’un système ou d’un régime politiques à se réformer à temps. Ainsi, tout pouvoir qui croit gagner du temps en étouffant et en retardant les nécessaires réformes ne fait qu’alimenter le brasier de la révolte qui le consumera. Tôt ou tard, il se fera balayer par la vague populaire des laissés-pour-compte qui ne trouvent pas son compte dans le statu quo.

Cette profonde méditation des enseignements de l’histoire devrait requérir tous les présidents à vie, les dictateurs de pacotille et les monarques républicains qui confisquent le pouvoir grâce à la force brutale ou à des artifices électoraux. L’espérance de vie de leurs régimes ne tient qu’à deux fils  : la période de latence et le seuil de tolérance. Une fois le point critique passé, une étincelle finit toujours par embraser la révolte des résignés comme ce fut le cas avec l’immolation de Mohamed Bouazizi en Tunisie. Un évènement anodin fait alors sauter la soupape et déchaîne les traumatismes refoulés en une explosion salvatrice. Cela correspond, à l’irruption du peuple dans l’arène politique. La descente du peuple dans la rue met le pouvoir sur le trottoir. Comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, la multitude en colère a tendance à tout emboutir dans son sillage. Le peuple, si souvent oublié, martyrisé et bâillonné constitue le magma bouillant d’un pays. S’il consent à sa domination par son apathie, il ne reste pas moins qu’il est le seul qui puisse mettre fin aux abus de pouvoir et aux déficits de la balance démocratique. Quand il se rendra compte qu’il n’a rien d’autre à perdre que ses chaînes, il prendra le risque de tout dévaler sur son passage. On ne tient pas éternellement un peuple en joue avec des matraques, des baïonnettes et des chars. L’arbitraire des pouvoirs des grands de ce monde prospère toujours sur la passivité des petites gens.

Le chemin de l’honneur

 On sait depuis Valery que «les civilisations sont mortelles » et qu’il va de soi que les régimes non plus ne sont pas éternels. Depuis la conclusion de l’APG de 2006, le pouvoir de Faure Gnassingbé joue les réformes à la montre en s’achetant un sursis. Il déploie une stratégie de réformes à compte gouttes tout en réservant les plus consistantes pour la fin. La stratégie est toute simple : gagner le maximum de temps possible en espérant reporter l’inévitable turnover. Cependant, l’indérogeable alternance ne peut être que retarder mais pas empêcher. L’Histoire, encore elle, plaide en défaveur autant de l’inamovibilité des régimes que de l’immortalité des empires. En économie, cela s’appelle sobrement l’obsolescence programmée. En biologie, ça s’appelle l’entropie, c’est-à-dire la fatalité qui condamne toute chose à la dégénérescence et à la mort. Face à cette nécessité indélébile qui acte la réversibilité de la domination du système RPT-UNIR sur le Togo, l’honneur d’un grand homme d’État n’est pas d’épuiser son énergie à s’accrocher au pouvoir mais à songer à sa place dans la postérité. La seule question qui devrait tarauder Faure Gnassingbé n’est pas comment demeurer à vie au pouvoir mais comment soigner sa sortie? Comment laisser le pays beaucoup plus fort qu’au moment où il l’a hérité ?

Certes, en démocratie électorale, c’est la loi de la majorité qui délègue le pouvoir. Hiatus ! Faure Gnassingbé ne peut pas sans bémol se targuer de l’onction inconditionnelle du suffrage universel. Manifestement, son élection en 2005 a été le fruit d’un flagrant holdup corrigé ensuite par ses réélections de 2010 et 2015. Cependant, l’art d’être président en démocratie se définit par la capacité à se hisser de chef d’un camp (ou de clan) à chef de la Nation rassemblée et d’inscrire son action au profit de l’intérêt général en enjambant l’intérêt majoritaire qui porte aux responsabilités. Faure Gnassingbé ne devrait pas se vautrer dans la dictature de sa majorité restrictive (parlementaire, électorale etc.) sur les légitimes revendications des minoritaires. Bref, on peut être tributaire de la volonté majoritaire sans toutefois être dépositaire en acte de la volonté générale. Un irrépressible désir d’alternance et de changement travaille souterrainement la société togolaise malgré ses blocages et ses divisions. Il incombe à Faure Gnassingbé de lui donner corps par des voies pacifiques au risque de l’accoucher par césarienne dans le chaos et le tumulte. En clair, refuser la réforme et l’alternance pacifique équivaut à sauter sur le trampoline au bord du gouffre.

Que l’architecture institutionnelle aurait bien besoin d’une rénovation de fond en comble ? Tous les Togolais en conviennent. Le locataire de Lomé II est le premier à le savoir même s’il lui manque la volonté, le courage et la lucidité de le faire. Qu’elle se fera avec ou sans lui, il ne le sait que trop bien… Quand ? Comment ? Personne ne saurait en préjuger. Sous quelle forme ? Réforme, Révolution ou guerre civile ? ça ne coute rien, c’est l’État qui paiera  !

[à suivre]

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s