TOGO | EN REPONSE À LA LEÇON DU PROFESSEUR (2/3)

KOKOROKO2

RADIOSCOPIE DE LA LEÇON INAUGURALE DU PR DODZI KOKOROKO PRONONCEE LE 11 JUILLET 2016 À L’OUVERTURE DE L’ATELIER NATIONAL DE REFLEXION ET D’ECHANGES SUR LES REFORMES POLITIQUES ET INSTITUTIONNELLES DU HCRRUN. [PART 2: SUITE ET PAS FIN]

Je préviens que cet article est beaucoup plus technique, dialectique et donc légèrement rébarbatif… Mais on ne perd rien à le lire jusqu’au bout.

Vous avez dit « intellectuel » ?

« Nous regorgeons aujourd’hui d’assez d’universitaires respectés et responsables (je ne voudrais pas me hasarder sur la distinction dangereuse entre universitaire et intellectuel, un universitaire est avant tout et d’abord intellectuel), pour nous complaire encore dans le mimétisme grégaire. Mettons alors en place des institutions qui nous ressemblent et à travers lesquelles nous pourrions nous mirer. »

Extrait de la Leçon inaugurale du Pr Dodzi Kokoroko prononcée le 11 juillet 2016 à Lomé

EH BIEN HASARDONS-NOUS sur la pente rugueuse de la distinction entre « universitaire » et « intellectuel », entre « homo intellectualis » et « homo academicus ». La première catégorie est univoque et facilement accessible à la compréhension de tous, alors que la seconde est polysémique et polymorphe. Cependant, nous ne pouvons pas faire l’économie de cette distinction, depuis que le chef de l’Etat togolais, lors de son voyage en Allemagne, a expressément délégué à ces deux catégories, aux contours flous et mouvants, la tâche de solder la question des réformes constitutionnelles en Afrique. Le mariage de raison que Faure Gnassingbé et Dodzi Kokoroko appellent de leurs vœux communs nous oblige à nous poser ces questions fondamentales : Qu’entend-t-on par intellectuel/universitaire ? Quelle articulation dialectique entre intellectuel et universitaire ? Quels points de contact et quels points de rupture ?

HOMO ACADEMICUS. Le substantif « universitaire » désigne toute personne exerçant une fonction d’enseignant ou de chercheur au sein d’un établissement public d’enseignement supérieur et de recherche. L’adjectif « universitaire » découle nécessairement de l’institution « université » et qualifie autant ses organismes, son personnel que les savoirs et diplômes qui y sont produits.

Celui qui apporte un peu de relief au concept « universitaire », c’est Pierre Bourdieu. La formule Homo academicus, dont il est l’inventeur, a été choisie par le célèbre sociologue français pour intituler le livre qu’il a consacré, en 1984, à l’étude de ce qu’il appelle le « champ universitaire ». Dans ce livre Bourdieu appelle à élargir le spectre et à éviter le truisme qui fait de l’universitaire un genre d’homme dont le trait distinctif est constitué par son appartenance à un ordre d’activité, par exemple « universitaire » ou « académique », qui, à elle seule, suffit à le différencier en le faisant rentrer sous la catégorie qu’il représente ou est censé représenter. En d’autres termes, ce ne sont pas que le métier, le titre, le grade qui font l’universitaire. L’universitaire se définit aussi par sa fonction et par la place qu’il occupe dans la structure sociale. De l’approche structuraliste à l’approche fonctionnaliste. « Quelle « matière » produit-on à l’Université ? » s’interroge Bourdieu : on y transmet et on y perfectionne des contenus de savoir estampillés, identifiés par le moyen de catégories disciplinaires qui en ordonnent la distribution : celle-ci instaure à l’intérieur de l’espace académique des lignes de démarcation, comme celles qui passent entre les facultés et, à l’intérieur de celles-ci, entre leurs différents départements.

En résumé, Bourdieu soutient que la réalité étriquée communément sous l’appellation d’universitaire – membre de l’institution « académique » qu’est l’université -, est, non pas homogène et unifiée, mais divisée, selon des lignes de partage socialement connotées. Pour Bourdieu l’homo academicus est une fausse entité naturelle, qui recouvre une réalité partagée, clivée, traversée par des tensions objectives, les représentations subjectives des agents qui occupent l’institution en contribuant à sa reproduction à travers leurs choix déclarés et les motivations plus ou moins conscientes qui les soutiennent ou en constituent l’accompagnement.

C’est un peu complexe à saisir, pour ceux qui n’ont pas de connaissances de base pour comprendre la sociologie critique de Bourdieu. J’abrège donc votre supplice !

Pour schématiser et conclure sur ce qui précède : l’appellation Homo academicus recouvre une réalité complexe et éclatée, mais en dehors du « champ universitaire » point d’« universitaire ».

Qu’il y a-t-il de commun entre des chercheurs en biologie, un historien et un professeur de lettres ? si ce n’est le cadre universitaire qui les rassemble.

HOMO INTELLECTUALIS. Pour ce qui concerne l’intellectuel, c’est une longue histoire.
Je vais, pour illustrer mon propos, conceptualiser l’« intellectuel » dans une perspective socio-historique : aux sens gramscien, sartrien puis foucaldien.

À l’instar de la religion pour le peuple –selon Marx -, l’opium des intellectuels c’est l’idéologie –marxiste au premier chef-, comme le dénonçait Raymond Aron), qui aimait à se définir lui comme un « spectateur engagé », dans L’opium des intellectuels (1955). Un petit détour par L’idéologie allemande de Marx nous permettra de mieux appréhender le phénomène.

Dans L’Idéologie allemande, Marx et Engels tracent une ligne de fracture verticale entre travail manuel et travail intellectuel, transcendant et traversant le clivage entre la classe dominée (le prolétariat) et la classe dominante (la bourgeoisie). Pour les marxistes, la domination s’exerce du haut vers le bas, et la superstructure (domination culturelle et intellectuelle) conditionne l’infrastructure (domination économique).

« À toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ; autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante. La classe qui dispose des moyens de la production matérielle dispose en même temps, de ce fait, des moyens de la production intellectuelle, si bien qu’en général, elle exerce son pouvoir sur les idées de ceux à qui ces moyens font défaut. Les pensées dominantes ne sont rien d’autre que l’expression en idées des conditions matérielles dominantes, ce sont ces conditions conçues comme idées, donc l’expression des rapports sociaux qui font justement d’une seule classe la classe dominante, donc les idées de sa suprématie » (Marx et Engels, L’idéologie allemande, 1845, 1994 : 338)

Cette distinction sera traduite ensuite par le penseur italien Antonio Gramsci dans le champ de lutte pour l’hégémonie culturelle. Pour se faire, il décline le concept d’intellectuel de deux façons : l’« intellectuel organique » et l’ « intellectuel traditionnel ». Les premiers étant définis dans une perspective sociologique par la place et la fonction qu’ils occupent au sein d’une structure sociale ; et les seconds définis dans une perspective historique qui consiste à déterminer les intellectuels par la place et la fonction qu’ils occupent au sein d’un processus historique. Garder à l’esprit que les travaux de Gramsci s’inscrivent dans la perspective marxienne de la lutte des classes, précisément dans la lutte pour le contrôle de la superstructure ; une lutte dans laquelle les intellectuels organiques tiennent un rôle de premier choix. Car L’intellectuel organique est avant tout l’agent politique de sa classe.

Cette définition fonctionnaliste, quoique datée, reste néanmoins très structurante de nos jours. Elle permet de distinguer les intellectuels défenseurs de l’ordre établi – les « chiens de gardes » selon Nizan – des intellectuels critiques – dissidents, résistants -, mais rate une catégorie non moins importante : les intellectuels/universitaires non-alignés, dégagés etc. Les intellectuels organiques sont des hommes d’action, de passion et d’opinion ; alors que l’universitaire/intellectuel non-aligné ou neutre est censé être un homme de raison, de certitudes. Le savoir a toujours autorité sur la croyance et l’opinion. Il n’y a pas de vérité de gauche ni de vérité de droite. La vérité ne supporte pas d’épithète. Elle est où elle n’est pas, n’en déplaise aux convictions idéologiques du chercheur/ savant/ intellectuel/ universitaire.

CONCLUSION D’ETAPE. Tous les universitaires ne sont pas des intellectuels et tous les intellectuels ne sont pas des universitaires. L’ « universitaire » ne pousse que dans le champ académique alors même que « l’intellectuel » effleure en dedans et en dehors du périmètre de l’université.

LA SINGULARITE FRANÇAISE. « L’intellectuel est quelqu’un qui se mêle de ce qui ne le regarde pas » c’est ainsi que Sartre énonce dans Plaidoyer pour les intellectuels (1972) le tempérament de l’« intellectuel universel » qu’il a incarné toute sa vie durant. Dans le sens sartrien, l’intellectuel est un médecin généraliste qui s’attaque à tous les maux de la société.

Avant Sartre et les autres, l’écrivain et homme de lettres Émile Zola fut le premier de ces empêcheurs de penser en rond et de ces de-quoi-je-me-mêle, prompts à s’engager dans les luttes sociales et politiques de son temps. Historiquement, l’affaire Dreyfus coïncide avec la naissance de la figure de l’intellectuel en France.  Le premier fait d’armes d’Emile Zola, le célèbre J’accuse, publié à la une de L’aurore le 13 janvier 1898, en défense à l’officier juif Dreyfus accusé de trahison, fut l’acte de naissance de l’intellectuel à la française. Leur combat était universel, à côté des minorités culturelles et religieuses opprimées, les réfugiés, les migrants, les ouvriers et les étudiants pour l’égalité des droits en France et dans le monde. Voltaire, Hugo, Zola, Sartre et Foucault incarnent avec éclat l’« intellectuel universel ».

Cette figure, qui s’est par la suite internationalisée, désigne un philosophe, un romancier, un écrivain, un historien, un sociologue etc. qui produit un discours et/ou occupe l’espace public pour dénoncer les travers de son époque. Pour paraphraser Bourdieu, ces domaines de connaissance ne sont justes des « sport(s) de combat ».

Par la suite, Michel Foucault théorise « l’intellectuel spécifique », qui contrairement à l’ « intellectuel universel/généraliste » (Sartre, Camus etc.) est un chercheur spécialisé qui ne s’engage que sur un domaine d’expertise (le logement, l’hôpital, l’immigration, l’asile ou l’université). L’intellectuel spécifique de Foucault est  un médecin spécialiste de maux sociaux particuliers alors que l’intellectuel de Sartre était un médecin généraliste. Le sociologue Pierre Bourdieu incarne avec majesté cette figure de l’« intellectuel spécifique » qui a mis ses compétences au services de ses combats.

Au tournant des années 70, l’intellectuel toute catégorie confondue, connait son apogée en France grâce à la médiatisation. Les têtes d’affiche du mouvement des Nouveaux philosophes occupent les devant de la scène, laissée vierge par la disparition de la génération des Sartre, Camus et Aron. Désormais l’« intellectuel » français devient « médiatique » et, est incarné par Bernard Henri Levy, André Glucksmann, Pascal Bruckner ou Alain Finkielkraut…

LA FIN D’UNE EXCEPTION CULTURELLE ? Depuis quelques années, on évoque régulièrement la fin, le crépuscule, le déclin de l’intellectuel français. Parce que la nouvelle génération d’intellectuels français est passée de la critique au bellicisme, a abandonné son étoffe universelle pour verser dans le culte de l’identité et l’éloge des particularismes. Bernard-Henri Levy, philosophe médiatique chef de file des Nouveaux philosophes a été l’un des instigateurs de la désastreuse intervention en Libye de 2011 ; et Alain Finkielkraut a écrit L’identité malheureuse (2013). Depuis le début des années 2000, cette génération d’intellectuels issue principalement de la gauche antitotalitaire est en train de virer néo-conservateurs ou néo-réactionnaires. Il faut ajouter que le déclin culturel et politique de la gauche participe de cette défaite des intellectuels universels, dont il ne subsiste que de rares astres en voie d’extinction comme Alain Badiou ou Edgar Morin. L’air du temps est plutôt favorable aux idéologues et aux pleurnichards dont les essais et tribunes s’emboîtent dans le message du Front national sur la crise de l’identité française. Le best-seller, « Le Suicide Français » (2014), d’Eric Zemmour est symptomatique de cette droitisation de la société française et de ses intellectuels.

Le dernier à avoir sonné l’alarme, c’est l’historien israélien Shlomo Sand, dont le livre La fin de l’intellectuel français. De Zola à Houellebecq (2016) est une violente charge contre les intellectuels d’aujourd’hui qui préfèrent la posture réactionnaire à la rhétorique révolutionnaire.  Dans le même ton, une série d’ouvrages et d’articles a été publiée ces dernières années en France et dans le monde : Le Rappel à l’ordre. Enquête sur les nouveaux réactionnaires (2002, Daniel Lindenberg), La régression intellectuelle de la France (Philippe Nemo, 2011), Où sont passés les intellectuels ?(2013, Enzo Traverso).  Et si l’intellectuel n’était pas mort, mais seulement s’était dégagé ?

L’INTELLECTUEL DEGAGE. Régis Debray invité, le 2 juin de l’émission La Grande Librairie sur France 5, refusant l’étiquette d’intellectuel, la définit néanmoins comme : « quelqu’un qui a un projet d’influence (…) qui veut influencer le public de son temps. » Dans le dernier tome de son Dégagments (2010), il se définissait déjà comme un intellectuel dégagé, en expliquant dans une ses pirouettes dialectiques que le dégagement est une condition essentielle à l’engagement : impossible de s’engager intelligemment sans savoir se dégager des rumeurs de la ville et de l’époque, avait-il expliqué.

Régis Debray, un intellectuel jadis engagé, puis dégagé, refuse aujourd’hui le titre. Ancien compagnon de Che Guevara et ex-conseiller de Mitterrand, il soutient désormais que les intellos de France sont « en phase terminale ».  Il estime qu’une grande partie de la pensée récente est creuse et que les intellectuels contemporains ne sont avides que de publicité. « Je n’ai pas de doctrine à propager. Retenez que les intellectuels français m’ennuient ou me font rire… » a-t-il déclaré, en fin d’année dernière, sur radio France culture. Et pas sûr qu’il lèvera le petit doigt pour les sauver de la mort promise.

CONCLUSION. Dans L’opium des intellectuels, Raymond Aron voulait les désintoxiquer du marxisme, aujourd’hui Shlomo Sand et Lindenberg regrettent leur disparition, Debray les enterre. Faut-il pleurer la disparition des intellectuels ?

Je vais donc finir en invoquant l’Esprit des Lumières que Kant définissait comme : « la sortie de l’homme de l’état de minorité, où il se maintient par sa propre faute ». La démocratisation du savoir – rendue possible garce à internet entre autres – nous oblige à « nous servir de notre propre entendement sans être dirigé par un autre ». Nous avons besoin des intellectuels, mais nous nous porterons beaucoup mieux si nous rompions avec notre « paresse de pensée ». C’est le défi de notre époque : pensons par nous-mêmes et surtout pensons contre nous-mêmes.

Le balance et le marteau

Faire la distinction entre universitaire et intellectuel n’était pas tâche aisée, mais pas si dangereuse que ça. J’espère qu’à présent, la distance entre l’enseignant-chercheur rigoureux et le savant organique, deux espèces évoluant dans le même milieu géologique – l’université – est claire dans l’esprit de tous ? Si tel est le cas, dans quel catégorie rangez-vous notre vénéré professeur agrégé des Facultés de droit ? Je vais vous donner quelques pistes.

En faisant, ma petite revue documentaire en ligne sur le Pr Dodzi Kokoroko, je suis tombé sur des pépites que je voudrais partager avec vous. Ce lien internet, par exemple :

Prof Dodzi Kokoroko : « Scientifiquement, la rétroactivité de la loi constitutionnelle brandie par une partie de l’opposition ne tient pas debout »

http://www.togo-online.co.uk/togo/prof-dodzi-kokoroko-scientifiquement-la-retroactivite-de-la-loi-constitutionnelle-brandie-par-une-partie-de-lopposition-ne-tient-pas-debout/

Premier constat. La tonalité de l’interview n’est pas à la critique mais à la légitimation du statu quo actuel. Rappelez-vous que l’intellectuel universel, engagé, critique n’est jamais du côté de la domination. Pour cette raison, il n’est pas conservateur, Sartre dit qu’il est toujours de gauche, donc progressiste. Il n’intervient dans le débat public que pour prendre la défense des faibles, opprimés, marginalisés ou des grands principes humanistes. Alors que l’intellectuel ou le savant organique, prend nécessairement le camp du pouvoir –ou de la résistance – et lui apporte son verni scientifique pour le légitimer. Par exemple, Zeus Ajavon est l’archétype même d’un « intellectuel organique » au service de l’opposition. Fambaré Natchaba, l’a été pour le camp du pouvoir. Vous voyez, ça marche dans les deux sens.

Deuxième constat. L’adverbe « scientifiquement » au début de la phrase « Scientifiquement, la rétroactivité de la loi constitutionnelle brandie par une partie de l’opposition ne tient pas debout » est ce qu’on appelle un argument d’autorité. D’abord, le tire « professeur/universitaire » intime le respect.  Alors quand un universitaire, un savant prend position en invoquant la science, ça clôt le débat. La science assoie des vérités irréfutables, (1+1=2) qui peut dire le contraire ? La phrase n’aurait pas eu le même poids s’il l’avait débuté par « à mon avis » ou « de mon point de vu » ou si c’était un quidam qui l’avait dit. C’est connu, toutes les opinions se valent mais on ne discute pas les savoirs et les croyances.

À l’instar d’une fatwa lancée par un Ayatollah, la position du Pr Kokoroko sur la rétroactivité des lois constitutionnelles jouit d’une onction quasi-religieuse dans une certaine opinion publique. Mais voilà, elle apporte de l’eau au moulin de quel camp ? à l’oreille de qui murmure le professeur ? Je ne vais pas faire un dessin.

A mon avis – mon opinion donc -, la démocratie moderne s’est construite sur une dilemme insoluble : le peuple et le droit. Le peuple, de qui émane le fondement de toute légitimité et la souveraineté politique, prime sur le droit. Même si la jurisprudence permet parfois au droit de court-circuiter la volonté populaire. Pour empêcher qu’une réforme constitutionnelle ne vienne ébranler le fauteuil de son Prince, le pourfendeur du « mimétisme grégaire » évoque « la théorie des droits acquis au nom de la sécurité juridique » et ajoute : « il va sans dire que juridiquement la rétroactivité ne pourra s’appliquer à une éventuelle réforme et de surcroît, toute loi reste impersonnelle, sauf à innover en la matière ». Ce à quoi, je réponds que le droit n’étant qu’excrétion d’un législateur, d’un contexte, d’un rapport de force politique, pourquoi se garder d’innover donc ? Osons, réécrivons la jurisprudence constitutionnelle, évitons de tomber « dans le mimétisme grégaire ». C’est pas la force de l’imagination qui manque mais la volonté. Entre le peuple et le droit, je choisirai toujours le peuple parce c’est lui qui fabrique et ratifie le contrat social. Si le peuple exige la rétroactivité pourquoi le lui refuser. La démocratie c’est le pouvoir, tout le pouvoir au peuple.

Beaucoup de gens croient à tort que la pensée est une activité neutre et pacifique. En tout cas, celle du Pr Dodzi Kokoroko, quand elle est minéralisée, embouteillée et débitée par lui-même, comme lors de cet atelier, mérite le détour. Il faut la lire entièrement et complètement et même la lire entre les lignes. Les savants font peser sur le vulgum pecus des arguments « scientifiques » qu’il ne peut réfuter, exerçant sur lui une violence symbolique énorme.

Le mandarin des Facultés de droit des universités du Togo, accoutumé à livrer des prêt-à-penser – à son Prince et aux éditocrates organiques de l’ordre politique- produit parfois des analyses intellectuellement tendencieuses. Et ce faisant, devient un agent de l’ordre établi.

Dans ce contexte, pas étonnant que le chef de l’Etat togolais ait choisi de déléguer le débat sur les réformes à ses intellectuels et savants organiques, et s’il vous plait « responsables » (dixit Kokoroko).

[à suivre…]

 

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Anonyme dit :

    Cher ami,
    Je suis tombé par un heureux hasard sur vos articles à propos de la leçon inaugurale du professeur Kokoroko et je n’ai aucun doute sur la prétention édifiante et critique de votre propos. Je trouve intéressant que Facebook puise servir également à la démocratisation de la pensée (sinon qui irait consulter un blog héberger par wordpress, ce bric-à-brac dans un monde où les auteurs sont plus nombreux que les lecteurs). Mais je ne suis pas friand de la banalisation des institutions(ici l’universitaire). Ce pourquoi je trouve que votre propos qui dissimule à peine votre appréhension sur l’issue de ce nouveau cycle de concertation renforce la confusion dans les esprits sur bien de choses. Vous confondez les genres et les temps, à mon humble avis. Bien avant tout, je voudrais simplement souligner que je ne prendrai ni la défense du professeur, ni la posture d’un éclaireur (ce que je ne saurai faire).

    Les temps d’abord
    Je ne crois pas que sortir une expression de son cadre général le temps d’une leçon inaugurale soit pertinent ni suffisant pour encarter un homme. Au demeurant, l’apport d’Alexis de Tocqueville à la conceptualisation de la démocratie moderne est indéniable. S’il n’était pas encore né à l’époque où les pères fondateurs façonnaient l’Amérique d’aujourd’hui, il a été à un moment assez prêt de ce pays pour étudier et systématiser un concept qui est au coeur des débats constitutionnels qui s’ouvraient au Togo. Je sais bien que je me livre là à des pirouettes de juriste pour faire non sens à votre critique. Cela semble, toutefois être bien en accord avec votre ténacité (avouée) à trouver des poux sur une tête rasée. Sinon il faut bien publier sur son blog tant qu’on en a un.
    Je suis tout à fait de votre avis sur le fait que le savoir n’est pas neutre. Il n’y a peut-être que dans les anciennes colonies qu’on continue par distiller l’idée d’un savoir universel, objectif. Or, dans nos sociétés fortement politisées ne pas s’engager en politique peut être une autre façon de s’engager justement en politique. Les procès d’intention sont donc encore plus légions sous les tropiques. De là, à faire le parallèle entre une carrière universitaire bâtie sur des années de privations et d’abnégations et des accointances avec un régime (qui serait prétendument infréquentable) me semble indigent. Je le rappelle ce n’est pas la personne du professeur qui m’intéresse. C’est l’idée de s’attaquer à un universitaire parce qu’il est un universitaire qui me dérange. Car par là, vous décrédibiliser non l’homme mais la carrière d’universitaire en vous livrant à des insinuations et à des approximations sur le fondement de l’existence d’une classe d’universitaire encartée ouvertement dans un passé récent. Si la notion de temps perd de sa cohérence dans votre propos, les genres n’y sont pas moins nantis.

    Les genres ensuite

    Vos deux articles me paraissent intéressant du point de vue méthodologique (en tout cas il est clair que vous avez à coeur de construire un discours scientifique), mais on est dépité par les confusions. Premièrement, la rétroactivité n’est pas qu’un principe législatif, il fait clairement partie des principes généraux du droit (des principes qui sous-tendent le système juridique). Il trouve son fondement d’ailleurs dans des textes relatifs aux droits de l’homme. Ceci dit, l’adverbe « scientifiquement » renvoie effectivement à la science du droit. Le droit ne s’improvise pas. Et sur ce principe, il est bien établi que les dispositions nouvelles ne valent que pour l’avenir. Les exceptions dont ce principe peut souffrir (sinon le droit serait féérique) sont bien connus en matière pénale et en droit des contrats. Mais, de là à envisager une entorse à ce principe en droit constitutionnel (ce droit politique qui fait couler tant d’encre et qui amène beaucoup de gens à s’improviser constitutionnalistes), cela relève de choix politiques que la science du droit ne peut justifier. Ceci permet donc de souligner que vous confondez l’acteur politique avec l’universitaire ou le juriste qui dans un cas précis dit ce qui est juridiquement soutenable. Loin de dire que le droit constitutionnel n’a pas sa dose de subjectivité, il n’y a pas de débat juridique sur cette question. Le débat est politique sur cette question. Pour preuve, vous avez donné vote point de vue qui ne cace pas vos attentes. A cet effet d’ailleurs, je trouve que penser que le peuple (concept flou et insaisissable dans votre propos) prime sur le droit en démocratie est une erreur grave. Dans un premier temps, je pose l’hypothèse que vous entendez par peuple la majorité. Ce peuple (majorité) devrait donc imposé à la minorité des changements fondamentaux relatifs aux concepts qui sous-tendent le système juridique (les acquis au nom desquels la sécurité juridique doit être préservée) ? Cette majorité n’est toujours pas éclairée et heureusement donc qu’on a songé à la démocratie représentative. Ainsi, on est (théoriquement) sûr de confier l’exerce du pouvoir à des gens responsables qui doivent constamment trouver un équilibre entre la majorité et la minorité, entre certitudes et incertitudes (je ne dis pas que la démocratie représentative soit parfaite). Ceci me permet, dans un second temps, d’en venir à mon dernier reproche à votre idée. A moins que vous êtes nihilistes, anarchistes ou révolutionnaires, il en va de votre bien ainsi que du mien que le système ait une cohérence. Très rapidement, je voudrais revenir de la complexification à laquelle vous vous être livrée sur la distinction entre universitaire et intellectuel. Si l’intérêt pratique de cette distinction reste contestable (il faut bien écrire), son intérêt théorique reste stimulant pour l’esprit. Mais faut-il encore qu’il n’y ait pas de confusion. Ce que je retiens de votre approche sociologie, philosophique et historique de ces deux concepts, c’est que l’intellectualisme suppose un engament au côté des minorités ou des faibles. En ce sens, est-il donc lui même une idéologie ? Ou je pense qu’il y a eu un glissement entre la fonction de l’intellectuel et la qualité d’intellectuel à un moment dans ton propos (c’est subtil je sais). Pour ma part, intellectuel et universitaire reste deux mondes qui s’interpénètrent et le débat il est ailleurs…

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