COMITE D’ACTION POUR LE RENOUVEAU : A LA RECHERCHE D’UN IMPOSSIBLE CENTRE

Alors même que la poudre et les salves de la campagne électorale faisaient rage en avril, le CAR de Me Dodji Apévon a préféré passé le clair de son temps à instruire un procès en trahison contre le candidat du CAP 2015, au lieu de jouer la carte de l’unité de l’opposition. Résultats des courses, son boycott a livré son fief du Yoto sur un plateau d’argent au candidat d’UNIR.

C’est là tout le paradoxe avec lequel le CAR doit composer, risqué de donner l’impression de favoriser l’enclume en essayant de raisonner le marteau. La quadrature du cercle politique du CAR, consiste à essayer de faire vivre une troisième voie dans un jeu politique qui se bipolarise davantage de scrutin en scrutin. A la recherche d’une impossible voie au centre et tirant à boulets rouges sur le CAP 2015, le Comité d’Action pour le Renouveau ne court-il pas vers sa marginalisation dans la classe politique de l’opposition??

LE GRAND ECART…

Faire exister un centre dans un jeu politique où les fractures idéologiques et politiques se calquent sur des blessures géographiques et historiques est un jeu d’équilibrisme périlleux. Le 15 mai dernier, en conférence de presse post-électorale, le CAR est remonté à l’offensive en dessinant les contours de son positionnement axial sur l’échiquier. Les attaques politiques de Me Dodji Apévon sont ciblées et virulentes : les deux principaux partis situés aux deux bords de l’échiquier, qui écrasent de tout leur poids le jeu politique togolais sont désignés comme les principaux responsables de l’inertie sur les réformes. Dans la distribution des piques chacun en prend pour son grade, la majorité UNIR est accusé d’user des pieds et des mains pour se «conserver au pouvoir et empêcher l’alternance » ; quant à l’ANC, elle est violemment écorchée comme un parti « d’inspiration marxiste qui recourt à des manœuvres de blocage des réformes ». Taper sur les forces politiques les plus représentatives dans le jeu politique, cette ligne stratégique est-elle tenable sur la durée ? Le CAR a-t-il les moyens de faire cavalier seul en prospérant électoralement?

GRANDEUR ET DECADENCE

En 1994, à l’issue de la première élection législative multipartite dans le pays, le CAR s’est retrouvé en tête avec 36 députés devant les défunts RPT du Général Eyadema et UTD d’Edem Kodjo. Me Yaovi Agboyibo avait ensuite échoué à former un gouvernement de coalition avec Edem Kodjo pour rentrer en cohabitation provoquant l’incompréhension d’une frange de son électorat. Ce coche manqué, le CAR va le payer très cher politiquement, puisse que quelques mois plus tard les partielles de 94 vont donner la victoire au RPT. La fin des années 90 marquera la fin de l’âge d’or électoral du CAR devant la montée en force des partis de tradition politique dite « nationaliste » qui durcissent le ton de la lutte contre le pouvoir de l’époque. Ce courant politique est incarné par l’UFC jusqu’en 2010 est aujourd’hui défendu par l’ANC. De premier parti du pays en 1994, le CAR à la faveur de la redistribution des cartes dans l’opposition devient un simple parti supplétif réduit à s’aligner derrière l’UFC au gré des coalitions électorales.

Au tournant de l’année 2006, Me Yaovi Agboyibo occupe la Primature dans le gouvernement de transition qui va lancer le chantier des réformes de l’APG. L’année suivante le CAR n’obtient que 4 députés aux législatives du 14 octobre 2007. En 2010, le vieux leader tire sa révérence à l’issue de sa course ultime à la Présidence soldée par un score de moins de 3 %, laissant un parti exsangue à ses successeurs. Repris par Me Dodji Apévon, ce dernier s’échine à rendre le CAR compétitif en construisant une coalition politique avec d’autres partis d’oppositions qui ne partagent pas les méthodes musclées de la coalition concurrente (CST) dominée par l’ANC de Jean Pierre Fabre. Aux législatives de 2013, le CAR choisit la stratégie collective dans la coalition ARC-EN-CIEL, mais n’obtient que 6 députés sur 91. A la veille des Présidentielles de 2015, la coalition ARC-EN-CIEL explose suite au conclave de l’opposition, le CAR ressort la question des réformes pour en faire son principal cheval de bataille. Me Dodji Apévon en fera la condition sine qua non de sa participation au scrutin. Et pour punir Jean Pierre Fabre de ne l’avoir pas suivi sur cette ligne, il l’accuse d’être le principal frein aux reformes et n’appellera pas ses partisans à voter pour le candidat du CAP 2015. Aujourd’hui, le CAR est à la croisée des chemins, il appelle à la création d’un front pour exiger le reliquat réformes devenu son obsession monomaniaque et prône le dialogue avec le régime contre la voie de la rue choisie par les partis du CAP 2015.

DE L’IMPOSSIBILITE DU CENTRE?

La ligne politique centriste du CAR passe pour une opposition molle auprès des partis dits d’opposition radicale qui frôle parfois avec la complaisance avec le régime. Le parti est en perte d’influence, plus que son recentrage qui a du mal à trouver un débouché électoral, c’est le système politique bipolarisé de fait du pays qui favorise les extrémités au détriment du Centre.

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