QUEL AVENIR POLITIQUE POUR JEAN PIERRE FABRE?

Passé maître dans l’art de la méthode Coué en politique, celle de transformer des défaites électorales en victoire à la Pyrrhus. Jean Pierre Fabre est l’incarnation même de l’archétype de l’opposant radical tel que le système politique togolais sait les fabriquer. Tout dans l’invective et la violence verbale, rien dans la stratégie. Après le mélodrame de la présidentielle de 2010, il a remis une couche supplémentaire au lendemain de l’annonce de sa défaite par la CENI le 28 avril dernier en dénonçant un coup de force électoral. « Cet énième coup de force ne passera pas », les traits tirés, le regard grave s’est-il fendu devant un parterre de journalistes conviés au siège de son parti.

FABRE, MAUVAIS PERDANT ?

Le 1ier mai coup de théâtre, Jean Pierre Fabre se déclare vainqueur sur 63,70% du corps électoral sous foi des chiffres compilés grâce aux procès-verbaux de ses propres délégués dans les bureaux de vote. Ces résultats parcellaires loin de légitimer sa victoire, ont apporté de l’eau aux moulins de ses détracteurs qui le mettent aussitôt au défi de publier l’intégralité des résultats. Cette démarche a jeté un discrédit sur le candidat du CAP 2015, qui par enchantement a choisi d’ignorer les résultats des trois régions du Nord favorables à son principal adversaire. Dans un pays où les fractures politiques sommeillent sur des blessures historiques entre les régions Nord et Sud, cette attitude est de nature à réveiller les vieux démons de la division ethnique. Pour pousser sa logique jusqu’au bout, pour gagner une présidentielle, faudrait-il retirer le droit de vote aux électeurs du Nord ?

QUI EST JEAN PIERRE FABRE ?

Jean Pierre Fabre, d’où vient-il ? Où va-t-il ? Retour sur l’itinéraire d’un homme engagé… Ancien membre du Présidium de la Conférence Nationale Souveraine en 1991 et ancien lieutenant de Gilchrist Olympio, Jean Pierre Fabre a fait ses armes à l’UFC avant la rupture et le schisme de 2010 suivi de la fondation de l’ANC. Il a son compteur plus de 25 ans de lutte dans les rangs de l’opposition contre la dictature et ensuite pour l’alternance politique. A 62 ans, quel avenir pour cet homme qui ne vit que par et pour la politique ? Jusqu’où ira l’homme qui se considère comme le vainqueur du scrutin du 25 avril pour conquérir le pouvoir alors même que le Président sortant a été investi pour un troisième quinquennat?

VERS UN REMAKE DE 2010 ?

À la suite de sa défaite de 2010, il s’est lancé à l’assaut de la rue. La révolution appelée de ses vœux n’eut pas lieu. Durant trois longues années, il prend la tête de marches de protestations hebdomadaires à travers les rues de la capitale sans réussir à faire vaciller le régime ni conquérir Lomé II. Va-t-il retomber dans ses vieux travers, recourir à des solutions qui ont déjà fait la preuve de leur inefficacité ? Rien n’est moins sûr…

LA PISTE DU GOUVERNEMENT D’UNION NATIONALE…

Même si des responsables de la majorité présidentielle dans un geste de fair play politique ont tendu la main à Jean Pierre Fabre au lendemain de la proclamation de sa défaite, cette solution est improbable. D’un camp comme dans l’autre, personne ne veut réellement d’un tel rapprochement. En déniant la victoire de Faure Gnassingbé, il a choisi le bras de fer, fermant de facto la porte à tout rapprochement avec le régime en place. Jean Pierre Fabre joue à fond la carte de la crise politique. Selon cette logique, il ne peut que fermer la porte à un Gouvernement d’ouverture, mais pourrait participer à un Gouvernement d’union nationale qui se forme dans des contextes de crises politiques, économiques ou institutionnelles. L’opposition togolaise a, longtemps avant les élections, appelé à la formation d’un Gouvernement de transition devant débouché à court terme sur des élections. Un gouvernement de crise dont la régime n’en voudra pas parce qu’il écornera la légitimité nouvelle du président réélu!

De plus, Jean Pierre Fabre qui croit en son destin présidentiel n’acceptera pas se cantonner à un rôle de Premier ministre chargé d’appliquer le programme du Président élu. Si la voie de la rue mène à l’impasse politique, celle de la collaboration débouche sur le discrédit. Edem Kodjo, Yaovi Agboyibo, Léopold Gnininvi, Gilchrist Olympio, tous des montres sacrés de l’opposition togolaise, tous tombés en disgrâce électorale après avoir rejoint un Gouvernement de Faure Gnassingbé. Jean Pierre Fabre, en vieil animal politique en est conscient. Alors, il ne lui reste qu’une troisième piste : reconstruire une offre politique cohérente et bâtir l’unité de l’opposition dans la perspective des prochaines échéances électorales…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s