CHRONIQUES PRESIDENTIELLES 2015 : FABRE PEUT-IL L’EMPORTER ?

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L’idéal pour le candidat du CAP 2015 serait d’affronter Faure Gnassingbé en duel, mais désunion de l’opposition oblige, le duel des challengers sera arbitrer par trois outsiders. Malgré l’échec des leaders de l’opposition à s’entendre autour d’un candidat commun, la Providence a décidé de pourvoir… Pour la première fois depuis l’introduction des présidentielles ouvertes en 1993, la moitié Sud du pays présente un seul candidat, en la personne de Jean Pierre Fabre, contre le régime en place depuis 1967. Alors même que dans la moitié Nord, quatre candidats devraient se partager les voix : Mouhamed Tchassona-Traoré (MCD), Gerry Taama (NET), Faure Gnassingbé (UNIR) et Aimé Gogué(ADDI). Même si le président sortant est archifavori sur le papier, Jean Pierre Fabre pourrait bien renverser la table. A condition de se tenir à une ligne de crête stratégique, tant sa marge de manœuvre est restreinte.

Fabre, seul candidat au Sud

C’est un détail qui mérite d’être souligné et analysé à sa juste valeur, parce que l’élection pourrait se jouer dessus. Contre toute attente, un seul des cinq candidats retenus pour l’élection à la Présidence de le République togolaise du 15 avril vient du Sud du pays. Gilchrist Olympio, épuisé sans doute par le poids des années, a décidé de passer son tour. Dodji Apévon s’est tiré une balle dans le pied en conditionnant sa candidature avec un pari perdu de réformes. Pur produit du hasard et des circonstances, cette candidature unique au Sud même si elle a été souhaitée n’a vraisemblablement pas été calculée. En tout cas, elle est inédite. Il faut appeler un chat un chat, les opposants les plus farouches aux régimes des Gnassingbé sont souvent originaires du Sud du pays. Un candidat commun au Sud du pays est en réalité l’équivalent d’un candidat unique de l’opposition à l’échelle nationale, sans contester le statut d’opposant aux leaders originaires du Nord ni remettre en doute la sincérité de leur engagement en faveur de l’alternance.

En général, les trois régions du Nord sont recouvertes d’une chape de plomb par le régime. La liberté d’expression y est restreinte, la liberté de circulation des leaders d’opposition également. Aux heures les plus sombres du régime, la machine à fraude fonctionnait à plein tube dans ces régions verrouillées à double tour par le régime. En période électorale, cette zone du pays était plongé dans le black-out total, et les résultats qui en sortent ressemblent parfois à s’y méprendre à des scores soviétiques. Le Nord est la chasse gardée électorale du régime. Même si la zone regorge de leaders politiques de conviction opposés au régime, leurs marges de manœuvres électorales sont relativement limitées.

Quant au Sud du pays, c’est le fief de l’opposition au régime en place. Plus de 90% des leaders d’opposition proviennent de cette zone du pays. Elle représente un vivier électoral important, les régions des plateaux et maritime qui la composent, concentrent à elles deux près des 2/3 de l’électorat. En général, les élections au Togo se gagnent ou se perdent dans ces deux régions. Lors des consultations électorales passées, la multiplicité des candidatures au Sud émiettait les voix et affaiblissait de facto l’opposition. En 2010 par exemple, la somme des voix de toutes les forces de l’opposition dépassait d’une courte tête le total récolté par le parti au pouvoir. Cette supériorité numérique a servi de justificatif au discours sur la doxa unitaire de l’opposition.

Dans un scrutin majoritaire à un tour, qui est un jeu de quitte ou double, la candidature unique est la seule condition de la victoire pour l’opposition. Faut-il pour autant y voir dans ce concours de circonstances le signe d’une victoire prochaine de l’opposition ? Est-il trop tard pour rassembler l’opposition ? Quelles sont les conditions de la victoire de Jean Pierre Fabre et de l’opposition ?

Première condition : la stratégie de l’encerclement au Nord

Elle consiste à tout mettre en œuvre pour siphonner des voix à Faure Gnassingbé dans son fief du Nord. Le Nord du pays, c’est-à-dire les régions Centrale, de la Kara et des Savanes, beaucoup moins peuplé est la chasse gardée du parti UNIR, parti de la majorité présidentielle. En 2010, cette région a voté massivement pour Faure Gnassingbé parce que son père est originaire de cette région mais aussi parce l’opposition lui a abandonné le terrain. Premier conseil : Le Nord n’est pas perdu… La preuve ! Lors des législatives de juillet 2013, l’ANC, ADDI et l’UFC sont parvenus à décrocher des députés dans cette forteresse réputée inaudible au discours de l’opposition. Même si l’opposition la sous-estime, il y a un réceptacle au discours en faveur du changement au-delà de Blitta, et le désir d’alternance n’est pas l’apanage des seuls électeurs du Sud. Comment conquérir le cœur du Nord ? Il faudra mettre beaucoup plus de moyens, un discours rassembleur qui joue la carte de l’unité nationale et de la transcendance de l’Etat. En y mettant plus d’efforts de conviction pour séduire les populations du Nord, l’ANC pourrait effriter la base électorale de Faure Gnassingbé.

En coordination avec les trois autres candidats de l’opposition positionnés au Nord, il pourrait construire une tête de pont pour encercler le président sortant. Contrairement à la vision simpliste communément admise, le Nord du Togo n’est pas peuplé que d’ignares et de hordes de Kabyè acquis à la cause du régime comme le pense bêtement l’opposition sudiste. Le Nord est beaucoup plus complexe, beaucoup d’électeurs votent pour le régime par défaut de mieux. Ceux-ci pourraient délaisser le régime et s’enticher de l’opposition pour peu que celle-ci s’intéresse à eux et apaise leurs inquiétudes. En raisonnant sur la base du vote ethnique, les candidats Tchassona, Gogué et Taama sont respectivement Kotokoli, Moba et Losso. Si ces derniers réalisaient de bons scores au sein de leurs communautés cela représenterait une catastrophe électorale sans précédent pour Faure Gnassingbé. Perdre l’électorat Kotokoli, Moba et Losso, affaiblirait dangereusement les positions d’UNIR. Il faudrait se repartir la tâche : l’ANC devrait concentrer ses efforts sur les groupes Kabyè, Lamba, Bassar et Tchokossi. Jusqu’ici, la stratégie qui a assuré l’hégémonie de RPT/UNIR, est celle-ci : Faire main basse sur l’électorat du Nord et descendre jouer les trouble-fêtes au Sud. A présent, il temps d’inverser les rôles, l’opposition doit investir le Nord du pays s’il veut ébranler le régime.

Deuxième condition : la chansonnette du rassemblement au Sud

Jean Pierre Fabre doit absolument conclure une entente électorale avec le CAR et l’UFC. Les électeurs de Gilchrist Olympio et de Dodji Apévon détiennent la clé de la victoire de l’opposition au sud, et a fortiori à l’échelle nationale. Jean Pierre Fabre et Gilchrist Olympio peuvent-ils à nouveau s’entendre ? Le parti de Gilchrist Olympio, bien qu’étant en phase avancée de déclin a récolté plus de 150 000 voix aux législatives de 2013, contre 900 000 en 2007. Une hémorragie électorale due à l’accord avec le RPT en 2010 et son mutisme face à la déliquescence ambiante bien qu’étant partie prenante au Gouvernement. Il faut souligner que c’est leur du choix pour l’UFC en sursis : soit elle se comporte comme un véritable parti d’opposition et soutien le candidat le mieux placé, soit elle soutien Faure Gnassingbé et se condamne à fusionner avec l’UNIR ou à disparaitre du paysage.

Les deux stratégies sont complémentaires, l’encerclement au Nord doit se doubler du rassemblement au Sud. Les électeurs n’appartiennent pas aux chefs de partis mais sont souvent réactifs aux consignes de leurs leaders. A priori, la redistribution du vote CAR et UFC devrait se faire plus en faveur de l’ANC que d’UNIR. L’engagement de ces deux leaders à joindre leur force à celle de Jean Pierre Fabre pourrait provoquer un effet de levier dans l’opinion et raviver l’enthousiasme populaire. En 2010, c’est sans doute l’absence d’un soutien clair de Gilchrist Olympio en occurrence, qui à manquer s’assurer la victoire de Jean Pierre Fabre.

Bref, le leader de l’ANC dispose d’une fenêtre, de tir qui risque de refermer s’il n’en saisi pas l’opportunité. Pour gagner, il lui faudra se transcender, dépasser ses propres contradictions personnelles, les clivages partisans et les problèmes de personnes. C’est dans l’union des énergies de l’opposition qu’une lueur de victoire est envisageable.

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