TOGO// OPPOSITION TOGOLAISE: CONFLITS DE LEADERSHIP, BATAILLES IDEOLOGIQUES

Un discours politique qui peu à peu s’est démonétisé, une carence de leadership et l’incapacité à incarner une alternative crédible au régime des Gnassingbé. C’est une opposition togolaise acéphale, divisée et menacée d’extinction de voix qui s’apprête à affronter l’armada politico-financière du puissant parti présidentiel, UNIR, lors de la présidentielle du 15 avril à venir. Dans un scrutin à un tour peut-elle se payer le luxe de se présenter en rangs dispersés ? Que reste-t-il de l’opposition togolaise ? Analyse.

Je te déteste, moi non plus : de l’impossibilité d’une candidature unique…

Entre ceux qui appellent au boycott de la présidentielle du 15 avril et ceux qui sont persuadés de la remporter, c’est le grand écart. Les fractures entre les principaux courants de l’opposition togolaise sont multiples et semblent à priori insolubles : idéologie, stratégie politique, relationnelle etc… Jean Pierre Fabre (ANC) et Dodji Apévon (CAR), les leaders des deux plus importants partis de l’opposition se détestent royalement. Deux hommes aux tempéraments incompatibles pour deux méthodologies antinomiques. En fin-février, ce dernier s’est vu menacer par de présumés partisans du premier qui lui reprochaient de faire échouer le rassemblement de la famille de l’opposition. Cette ambiance délétère n’est certainement pas étrangère à la décision de Dodji Apévon de surseoir à sa candidature malgré son investiture par son parti. Il faut dire que le leader du CAR avait conditionné sa candidature à la tenue éventuelle des réformes constitutionnelles avant le scrutin. Un pari perdu dont il a tiré la conclusion. C’est d’ailleurs sur ce motif qu’il a claqué la porte du conclave des deux blocs de l’opposition réuni en fin d’année dernière pour désigner un candidat unique devant concourir sur la bannière ARC-EN-CIEL & CST. Dodji Apévon a alors été critiqué par ses partenaires de l’opposition pour sa fuite en avant dans une offensive incertaine de réforme par voie parlementaire au détriment d’une stratégie unitaire de conquête électorale.

Entre querelles intestines et bal des hypocrites, le conclave entre CST et ARC-EN-CIEL avait tourné au mélodrame, avec les prises de becs épiques entre Abass Kaboua (MRC) et Jean Kissi (CAR), et la désignation de Jean Pierre Fabre comme candidat du CAP 2015 boudé par le CAR, le NET et d’autres partis. Même hors course, Apévon se refuse  encore à apporter son soutien au candidat du CAP 2015. La casquette de chef de file de l’opposition arboré par Jean Pierre Fabre qui le met en posture d’opposant naturel au régime ne laissait pas la place au suspense. Ce leadership écrasant de Fabre est subi par le CAR comme un diktat, un facteur paralysant le débat dans les rangs de l’opposition. Dans le bloc CST, Jean Pierre Fabre s’est aliéné le soutien de son ex-partenaire, Aimé Gogué (ADDI), qui a choisi de voler de ses propres ailes à la suite du divorce avec l’ANC sur la répartition des membres de la CENI. D’autres leaders comme Mohamed Tchassona-Traoré ou Gerry Taama (NET), tous deux transfuges de la coalition ARC-EN-CIEL, défendront leurs propres étendards lors du scrutin. Au total, quatre candidats de l’opposition seront en lice contre l’archifavori, Faure Gnassingbé. A défaut du duel entre deux challengers, Faure vs Fabre, ce sera un combat à quatre conte un. Pas sûr que ça serve la famille politique de l’opposition. En 2010, l’élection qui s’est déroulée avec de multiples candidats de l’opposition a servi le régime en place. Et pourtant, tous les observateurs s’entendent à dire que : plus l’opposition se réunie, moins le pouvoir est fort. Encore faudrait-il que cela soit possible.

Le clash des idéologies et des stratégies…

Au-delà des puérils problèmes d’humeur et de leadership qui peuvent difficilement être mis sur le tapis, d’autres gouffres empêchent une union véritable de l’opposition togolaise. D’abord une divergence profonde sur la stratégie de conquête du pouvoir. Une différence profonde de philosophie et des moyens de lutte qui complique tout effort de rapprochement entre les uns et les autres. D’un côté, le CAR de Dodji Apévon est resté fidèle à la ligne politique définit par son fondateur, Me Yaovi Agboyibo, celle d’une opposition modérée qui mise sur le dialogue, le consensus et les urnes pour conquérir le pouvoir. Cette tactique politique a fait ses preuves au début de la décennie 90. En 1994, à l’issue de la première élection législative libre et transparente du pays, le CAR s’était retrouvé en tête avec 36 députés. Il avait ensuite échoué à former un gouvernent de coalition avec l’UTD d’Edem Kodjo pour entrer en cohabitation avec le régime du général Eyadéma. Au tournant de l’année 2006, Me Yaovi Agboyibo a occupé la Primature dans le gouvernement de coalition qui a échoué à opérer les réformes prévues par l’APG. En bref, la ligne du CAR est jugée d’opposition molle et frôlant parfois la complaisance avec le régime. Le parti est en perte d’influence, plus que son idéologie qui tient du centrisme a du mal à trouver son électorat dans un système politique bipolarisé de fait.

En face, on mise sur une ligne dure, intransigeante et de non-compromission avec le régime en place. C’est la ligne originellement tracée par Gilchrist Olympio(UFC) face au régime du général Eyadema. De tradition anti-française, adepte du bras de fer et de méthodes musclées comme l’insurrection populaire. Cette ligne politique aujourd’hui défendue par Jean Pierre Fabre, correspond à la culture politique du pays et aux clivages de l’opinion togolaise. Face à un régime fort, les Togolais semblent être tenté par des discours radicaux, parce que pour eux, toute quête de consensus et d’apaisement est vouée à la concussion. En bref, le nationalisme togolais dont l’ANC est héritière s’est transformé en populisme révolutionnaire.

Une candidature unique, un sens commun ?

Face à toutes ces divergences, l’union de l’opposition ne peut être qu’un marché de dupes, de la poudre aux yeux occasionnelle. On serre les rangs pour faire bonne figure aux yeux de l’opinion alors que les uns et les autres se vouent tant d’animosités personnelles. La diversité de l’opposition est une source de richesse mais pas une condition de sa victoire. L’urgence est à la clarification des positions, alors que l’idéal serait à la fusion. Même en l’absence d’étiquettes claires et de formules de démarcation idéologique (comme progressiste ou conservateur ; gauche ou droite) les partis politiques togolais ne peuvent pas être réduits à une somme d’individualités. Une véritable candidature unique ne doit se résumer désigner un champion, mais à construire un programme commun, une feuille de route de gouvernement dans lequel toutes les tendances de l’opposition se retrouvent. Dans l’acception togolaise la candidature c’est malheureusement l’effacement des autres au profit de l’élu, alors même que ça devrait être un marchandage d’idées et de propositions pour gouverner. Aussi étonnant que cela puisse paraitre, la stratégie de l’opposition s’arrête à la conquête du pouvoir pas à son exercice.

Aujourd’hui la meilleure chance l’opposition est Jean Pierre Fabre, il est le seul qui ait une véritable envergure nationale, à la différence des autres leaders qui vivent dans la bulle loméenne et qui pour certains n’ont jamais conquis de suffrage populaire. Il faut rendre à César ce qui appartient à César. En revanche, Jean Pierre Fabre a le chic pour mettre tous ses amis à dos. Ce qui ne lui rend pas du tout service. On lui reproche sa condescendance et d’être un calculateur froid qui ne joue pas collectif. Pour gagner et surtout pour gouverner, il lui faudra rassembler autour de lui. Le candidat du CAP 2015 devra refreiner ses instincts d’animal politique et donner des gages à ses alliés et meilleurs ennemis. La politique c’est l’art de conjuguer les différences au plus-que-parfait du possible. Ensemble, tout devient possible !

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s