RETROSPECTIVE 2013: Une année chaudement politique

 

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  2013 restera sans conteste dans les annales politiques comme l’une des plus étincelante de l’histoire récente du Togo. Une année qui aura connu plusieurs temps forts. Annoncée comme une année doublement électorale et une année judiciaire, 2013 a tenu chacune de ces promesses.

ON PREND LES MEMES ET ON RECOMMENCE !

L’actualité politique 2013, on peut désormais le dire sans risquer d’édulcorer l’expression, n’a eu aucun retard à l’allumage… Tout est parti d’une petite étincelle… Le tempo a été vite donné, l’année a pris ses marques dès le mois de janvier : elle sera judiciaire (avec les suites de l’Affaire d’escroquerie dite internationale en instance…) puis éminemment politique. En 2013, à l’instar de Pascal Bodjona, beaucoup d’autres hommes politiques vont défiler à la barre, fréquenter avec assiduité les tribunaux en tant que témoins ou sur le banc des accusés.

COUP DE SEMONCE

Le détonateur médiatique sera vite actionné à cette moitié du mois de janvier, traditionnellement morne…  L’engrenage se mettre en branle avec la répétition d’un malheureux fait divers : l’incendie du marché de Kara, suivi de celui de Lomé à une journée d’intervalle, les nuits des 10-11 et 11-12 janvier.

L’économie Togolaise toute entière est sonnée, le cœur du secteur informel git dans les décombres. Le pays est sous le choc, la presse se feint de creuses révélations croustillantes, les victimes pleurent leurs économies parties en fumée et la classe politique se délite… Dans ce chaos généralisé, les forces de sécurité veillent au grain, redoutant que ne se répète la loi des séries (jamais deux sans trois ou plus encore), elles prennent d’urgentes mesures de précautions pour protéger les édifices publiques et commerciaux.

Mais ce que l’opinion ne sait pas en ce début d’année, c’est que ces incendies vont servir de catalyseur de la machine judiciaire et d’accélérateur de particules politiques durant toute l’année.

 

ACCUSES LEVEZ-VOUS !

Le principe d’un incident accidentel, c’est qu’il ne se répète pas… Alors la piste criminelle (hypothèse la plus plausible) est, dès les débuts de l’enquête privilégiée.

Des suspects potentiels ? C’est vers la meute d’opposants qui compose  (le CST, Collectif Sauvons le Togo) que les regards se tournent. Ce patchwork politique qui sert de fer de lance à l’opposition au régime.

A charge… le CST, quelques jours auparavant lançait l’opération « Les Derniers Tours de JERICHO », au paroxysme de la lutte à l’aveuglette qu’elle mène depuis 2010 pour renverser le pouvoir en place par la rue faute d’y être parvenu par les urnes. Pour le Col. Yark Daméhame, ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, donc premier flic du pays, comparaison fait raison.  Des murailles qui s’écroulent, un marché qui brûle le parallèle est vite établi. Le scénario, un peu tiré par les cheveux, est inspiré de la Bible mais il tient la route. La chute biblique des remparts de Jéricho ne s’est-elle pas produite au son de trompettes et dans les flammes ? Logique Yarkienne.

Premières interpellations s’enchainement… les forces de sécurité interpellent le 24 janvier, 12 jours après l’incendie du marché d’Adawlato les premiers suspects : Gérard Adja, Agbéti Yao Agbéko, Dick Logo Azagou et autres sont arrêtés…

Par la suite, elle brandit des pièces à conviction ? Elles sont mises au jour dans l’arrière-cour du siège du parti ANC : des tessons de bouteilles, des résidus de cocktail Molotov sont exhumés ou encore des bidons d’essence sont trouvés… En plus, la Gendarmerie a un Joker dans sa manche…

Un témoin ? Pour corroborer tous ces faisceaux d’indices concordants : Mouhamed LOUM. L’homme fait des aveux accablants contre les leaders du Collectif Sauvons le Togo. La justice et la Gendarmerie trinquent mais la presse n’est pas dupe !

Ensuite, l’entrée en scène du Procureur de la République de Lomé. Blaise Essolizam POYODI, brandit les résultats des expertises françaises et israéliennes pour écarter l’ombre de tout doute et enfoncer le Collectif, dont les démentis et les communiqués lapidaires ne pèsent plus désormais lourds dans la balance face à la foule de preuves et surtout à la parole de Mouhamed LOUM.

Au mois de février, les révélations de LOUM font encore office de paroles d’évangiles. Mouhamed LOUM actionne la machine à déballer et la Police cueille les suspects… ils seront bientôt près d’une trentaine de membres du CST a être soit éclaboussés soit emprisonnés sous foi des accusations de LOUM. De fil en aiguille, Jean Pierre Fabre, Abass Kaboua, Gil-Bénoit Afangbédji, Raphael Kpandé-Adjaré, Ajavon Zeus, Olivier Amah seront à leur tour inquiétés. Tous ses leaders empêtrés dans le spectre de la justice, le Collectif parle de tentative de décapitation politique… Personne ne sait encore à cette période que Mouhamed LOUM alias TOMETY Toussaint se ravisera en opérant un virage à 180° les semaines qui vont suivre.

 

LOOM : LA BALANCE DEVENUE UNE GIROUETTE…

En mai, le sénégalo-togolais défraie à nouveau la chronique depuis sa cellule de la prison civile de Lomé. La balance épingle cette fois ceux qui l’aurait soit disant manipulés. Il cite des noms, beaucoup d’autres noms et pas des moindres : des membres du premier cercle comme Ingrid Awadé, Félix Katanga, Yark Damehame, Abass Bonfoh, Charles Debbash ou encore Faure Gnassingbé lui-même. Il révèle à la presse avoir parlé plusieurs fois au Chef de l’Etat en personne de l’affaire des incendies lorsqu’il était sous la bonne garde des capitaines AKAKPO, Yanani et Agbenda

Regain de lucidité ou accès de démence ? LOUM prend sa plume et écrit à Jean Pierre Fabre. Le Témoin clé dans la lettre qui lui est attribuée, présente ses plates excuses aux désormais accusés à tort, qu’il reconnait avoir fait mettre sous les verrous injustement par cupidité. Il écrit : « Tout ce que j’ai déclaré devant le procureur, m’a été dicté par les soins des trois capitaines et mémorisé par des entraînements répétitifs. À vrai dire, tout cela ne constitue que des montages pour accabler les personnes visées, ils m’ont remis de l’argent et ont promis de m’extrader après la procédure judiciaire et que je serai le héros de ces enquêtes mensongères et que j’aurai une grosse récompense de la part du Chef de l’État »,  Des Promesses non tenues qui l’ont incité à retourner sa veste. Le principal témoin se rétracte mais l’Affaire est loin de faire pschitt…

LA TREVE ELECTORALE

Après un semestre englué dans l’affaire des incendies et dans l’impasse politique, la décantation survient à la veille des élections de juillet. Le très haletant feuilleton politico-judiciaire connait une pause avec les premières libérations pré-électorales. D’abord Agbéyomeh dès le 25 février ensuite Gérard Adja, Jean Eklu, Alphonse Kpogo recouvriront la liberté… Seuls Abass Kaboua et Olivier Amah ne profiteront pas de la détente politico-judiciaire du moment et vont devoir patienter en prison.

Au soir du 21 juin, la CENI fait ses comptes et ils sont bons. Tous les partis significatifs dont le CST qui trainait des pieds ont pris le train électoral en marche.  Les mènera-t-il à bon port ? La composition déséquilibrée de la CENI, qui fait la part belle à l’UNIR et à l’UFC et le découpage électoral qualifié d’inique restent encore les principaux points d’achoppement qui cristallisent encore et toujours les critiques de l’opposition et alimentent les réticences.

Mieux vaut tard que jamais… le 24 juillet, à la veille même l’élection, la prestation de serment in extrémis des 3 derniers membres de la CENI à la place de l’opposition extra-parlementaire, obtenue au forceps par la médiation de la dernière chance de mon Mgr Nicodème BARRIGAH sonne comme un ouf de soulagement. Le processus électoral lancé en catastrophe peut espérer connaitre un atterrissage en douceur… Mais les carottes ne sont-elles pas déjà cuites ?  La campagne pourra-t-elle conjurer la déculottée électorale qui s’annonce pour le 25 juillet? C’est une autre histoire…

 

LE PREVISIBLE CATACLYSME ELECTORAL

Au soir du 25 juillet, les premières tendances sorties des urnes assombrissent l’horizon et annihilent toutes les chances d’une hypothétique victoire de l’opposition. Tendances confirmées qu’elle heures après par la CENI, d’abord provisoirement, ensuite définitivement et sans appel… L’UNIR écrase ses concurrents en enlevant 62 des 91 sièges en compétition. Plus que la majorité absolue ! Fin des illusions et des rêves de réformes constitutionnelles et institutionnelles… L’opposition est sur le carreau : Le CST sauve les meubles avec 19 sièges, l’Alliance ARC-EN-CIEL limite les dégâts en engrangeant 6 sièges, l’UFC plonge avec 3 sièges et l’indépendant Sursaut National ferme la marche avec le dernier siège. Le chantier de la reconstruction et de la reconquête s’annonce ardu.

Hégémonie électorale confirmée du parti RPT devenu UNIR… qui réussit sa mue politique tout en préservant intact sa base électorale du Nord et s’ouvre en bonus la clé des champs traditionnellement acquis à l’opposition au Sud. L’opposition radicale incarnée par Jean Pierre Fabre, tout en conservant la capitale, se fait siphonner des voix sur son terreau naturel mais réussit des percées historiques au Nord. Pour une fois la carte électorale change de teint, elle est plus contrastée et plus nuancée ! La démocratie c’est aussi une affaire de polychromie.

Le grand perdant c’est Gilchrist Olympio qui est tombé de son piédestal. Par déni de la réalité et par sa fuite en avant. Son accord historique avec le pouvoir qui lui servait de talisman a été la source de tous ses ennuis électoraux. Désavoué par les urnes, cet accord qui désormais fait figure de certificat de décès politique par anticipation a perdu toutes ses vertus. Annoncé comme l’antalgique miracle devant guérir les maux de la jeune démocratie togolaise en apaisant les douleurs et les rancunes du passé, il a été électoralement vomi par le peuple et surtout l’électorat de l’UFC.

 

THERAPIE DE GOUVERNEMANCE

Le 18 septembre le Cabinet Zunu II est dévoilé. L’UFC réduite à sa portion congrue dans l’hémicycle y entre pour la deuxième fois, sans trop se faire prier dans le Gouvernement. 25 portefeuilles sont pourvus,  l’UFC mis au régime sec se contente de deux maigres places. Le ministère de la Santé est amputé et greffé à la Primature, la défense est rattachée à la Présidence… Le chef de l’Etat, le doigt sur la gâchette garde la main-mise sur la Grande muette en revêtant ses galons de Chef des Armées…

Quelques semaines après, crise à l’UFC…qui visiblement n’a pas tiré les leçons de sa déculottée électorale… Gilchrist Olympio a décidé de poursuivre sa politique l’autruche jusqu’à ce que mort s’en suive. Et ce n’est pas Nicodème Habia et Djimon Oré et les autres voix dissonantes, toutes débarquées, qui vont l’empêcher de continuer dans sa logique autodestructive. A cette allure beaucoup se demandent si le parti qui vient de vivre sa seconde purge en trois ans, survivra-t-il aux prochaines échéances électorales ? Réponses aux locales qui n’auront finalement pas lieu cette année…

En novembre, le pouls de la démocratie togolaise ralentit avec l’absence prolongée de l’hôte de la Primature.  La presse bruisse un temps de rumeurs et d’hypothèses saugrenues avant que les sources officielles ne révèlent qu’il serait aux bons soins des spécialistes d’un Hôpital Parisien et qu’il se remettrait d’une opération d’une péritonite. Un Premier ministre cumulant le titre de ministre de la Santé, évacué en France pour raison sanitaire, c’est dire que l’hôpital togolais se trouve dans un piteux état ou que le pays est malade de ses dirigeants ? Droit à la protection de la vie privée où devoir de transparence sur la santé des gouvernants, la polémique enfle dans la presse. Surtout qu’il y a quelques mois en décembre 2012, le Chef de l’Etat a du faire le trajet de l’Aéroport Gnassingbé Eyadema au Palais de la Présidence à pied pour prouver qu’il ne souffrait pas du cancer dont l’affublait ses rivaux de l’opposition. Avec le recul, une débauche d’énergie dont il aurait pu faire économie en publiant un certificat de médical en bonne et due forme.

JUSTICE A DEUX VITESSES, JUSTICE PARALLELE

Abass Kaboua est libéré en septembre, Olivier Amah par contre est maintenu en prison… Alors que l’opinion publique désespérait de voir la lumière se faire sur la ténébreuse Affaire des incendies des Marchés, le CST décide de jeter un pavé dans la marre du Procureur Essolizam POYODI. La coalition non sans remous internes publie en novembre un document, qu’elle qualifie de Rapport d’Enquête du CST et propose une lecture des évènements radicalement aux antipodes du scénario retenu par le Procureur. Le rapport passe en revue les mobiles, le mode opératoire et les commanditaires. L’unité d’enquête du CST à la suite des révélations LOUM pointe le doigt accusateur sur les caciques du régime de Faure Gnassingbé. Le casting de ce film d’horreur macabre est distribué comme suit : Ingrid Awadé présentée comme l’instigatrice, Alex Massina, Atcha Tikpina, Yark Daméhame  comme exécutant ou encore l’entrepreneur Raoul Kpatcha Bassayi (directeur de l’entreprise de BTP CENTRO) qui portera plainte contre le CST. Ce nouveau volet de l’Affaire tentaculaire est renvoyé en février 2014. On peut dire qu’on n’est pas encore tiré d’affaire…

Défiance envers l’institution judicaire ? Où Justice des vaincus contre justice républicaine ? À croire qu’au Togo, la vérité est relative à la position à laquelle on se situe sur le spectre idéologique.

 

2015 : LES JEUX SERAIENT FAIT D’AVANCE

L’Agence I and I, un institut de sondage politique a publié un sondage réalisé en aout 2013 pour le compte l’Hebdomadaire Le Meduim qui alimente les enchères. Et à en croire l’oracle des sondages, l’agence a pronostiqué la défaite de l’opposition avec une marge d’erreur de deux sièges aux dernières législatives. Ainsi I and I, sur foi de cette crédibilité a tourné sa boule de cristal sur l’échéance majeure à venir : les Présidentielles de 2015. Et les projections sont formelles. Faure Gnassingbé l’emportera, s’il est candidat face à ses adversaires  dans tous les cas de figures : que l’opposition l’affronte en rang dispersé ou avec un seul candidat. Ce candidat fusse-t-il Fabre, Apévon ou autres… Autres scénarii : si Faure ne se présentait pas, mêmes les lieutenants du président comme Dramani, Les dames Tomegan-Dogbé, Aguigah, Dagan-Zonvidé

La candidature de Faure, la tenue ou non des élections locales, le reliquat des réformes institutionnelles et constitutionnelles ou la suite de l’Affaire des incendies…seront les questions que devront surveiller nos chers politiques en 2014 comme de l’huile sur le feu. Au regard du spectacle qu’ils ont offert en 2013, en se montrant plus pyromanes que pompiers, ils n’hésiteront pas à souffler sur la brèche des clivages ce qui ne risquera pas d’enflammer l’actualité des douze prochains mois.

Alors ce vœu sous forme de conseil pour l’année 2014 qui s’annonce comme une année électorale et pré-présidentielles : chers politiques arrêtez de jouer aux apprentis sorciers, rangez vos buchettes d’allumettes au vestiaire au risque d’embraser le pays et de vous tuer vous-même à petit feu. C’est gratuit !

 

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