La course contre la montre électorale de Gilchrist Olympio

Gilchrist Olympio en campagne  Réduite à sa portion congrue, l’UFC s’est lancée dans une importante opération de charme en direction de l’électorat. Du nord au sud, le parti multiplie les sorties et les promesses à bouts de bras.

 En précampagne avec ses ministres et députés, Gilchrist Olympio ne se ménage pas du tout. Le fils prodige de l’opposition togolaise redoute plus que tout sa mort politique annoncée. Il espère un plébiscite de moins en moins probable. Il sait que les législatives à venir auront valeur de référendum pour ou contre son accord historique avec le RPT/UNIR. Aussi dans un coin de sa tête, espère-t-il pouvoir au pire limiter les dégâts en battant l’ANC, son alter ego, ne serait-ce que pour l’orgueil.

La mort politique programmée de l’UFC

Pour de nombreux observateurs, les législatives à venir seront l’occasion d’une lutte fratricide entre l’ANC et l’UFC. Cet antagonisme pourrait même laisser le champ libre à une victoire massive de l’UNIR, en position de troisième larron. Les deux partis vont s’étriper pour les mêmes bastions électoraux, le même électorat en somme. Les sœurs ennemies ayant rompu tous les fils du dialogue excluent toute idée de coalition. Point n’est question de les rassembler dans une coalition (des « Ablodéviwo »), un peu à la manière  des « Houphouetistes » en Côte d’Ivoire. Les deux mouvements se définissent comme nationalistes et fidèles aux idéaux du père de l’indépendance. Il y a quelques mois, en meeting en Aného, Gilchrist Olympio a indiqué : « Les portes de l’UFC leur sont toujours ouverte (aux transfuges) ». Rien ne laisse croire que Jean Pierre Fabre et compagnie prennent la main fraternelle ainsi tendue. Une chose est sure, à la faveur de ce jeu dangereux de détestation viscérale, c’est l’UNIR qui risque de rafler la mise.

Pétain ou Mandela ?

Le 26 mai 2010, date de la signature par l’UFC de sa paix des braves avec le RPT est la date pour les autres du début la « kollaboration » avec le régime RPT/UNIR. Pour les tenants du courant dur dans l’UFC originelle désormais déversés dans l’ANC, le régime RPT/UNIR est assimilable au IIIe Reich. Et l’exécutif actuel assimilable au régime de Vichy. Par cet accord controversé, l’UFC s’est donc enkysté de ces cadres et d’une large frange de l’opinion chez laquelle le désir d’alternance est resté intact. Le « détia national » s’est peu à peu aliéné de sa base électorale naturelle : le sud profond, Lomé et ses quartiers populaires. Au nom de cette règle tacite qui veut que : quiconque va se coltiner avec le pouvoir RPT s’aliène le soutien populaire. D’ailleurs, l’opinion a été conditionnée par l’UFC, notamment, à penser comme tel. Le vieux Gil, qui a prôné l’intransigeance durant toute sa carrière politique retrouve enfin les vertus du dialogue sur le tard. Rédemption ou Reddition ? Par refus du turn-over et de l’alternance générationnel au sein de son officine. Il a choisi le nombrilisme politique et l’apologie de la gérontocratie à la façon d’Abdoulaye Wade comme réponse à ceux de ses compagnons qui ont voulu l’envoyer en retraite anticipée. Manifestement le vieux Gil a encore de la ressource, car lui se rêve en Nelson Mandela Togolais. Et espère que l’histoire, qui seule offre le recul nécessaire à l’analyse lui donnera raison.

Cependant, il est de plus en plus clair que Gil n’est plus dans le coup. Son accord historique avec le RPT ressemble de plus en plus à un acte de décès politique par anticipation de son parti. L’UFC pourrait bien accompagner son créateur dans le cimetière des oubliettes où reposent les partis politiques tombés en disgrâce aux yeux du peuple. Ayant refusé de passer la main à la jeune garde, son parti pourrait ne pas lui survivre. Le processus de mort politique de l’UFC semble irréversiblement enclenché. Le minuteur joue contre Gilchrist et ses amis. Plus on s’approche des législatives, plus l’autodestruction de la seconde force politique au Parlement se rapproche. A moins qu’un plébiscite massif ne vienne clouer le bec aux observateurs qui le donnent battu.

Faire d’une pierre deux coups

Au RPT devenu UNIR, l’accord avec l’UFC a été une double victoire. En premier, cet accord est un trophée de guerre pour embellir la vitrine du pouvoir et son image à l’étranger. Ensuite, cet accord est une arme politique qui sert à diviser l’opposition (l’UFC ancienne formule). Dans la perspective des législatives à venir, un cadre de l’UNIR a prédit « la mort politique de l’UFC » et précisé qu’« il ne faut pas qu’ils comptent sur nous pour  battre l’ANC car leur défaite nous arrange. S’ils se retrouvent minoritaire dans la future Assemblée, point ne sera plus question de partager le pouvoir avec eux. C’est une question de bon sens politique » a-t-il conclu.

En allant « à la mangeoire » comme on dit, le leader de l’UFC a certainement mal calculé le coût politique de sa décision. À moins qu’il ne se soit engagé dans un processus de « kamikazerie » politique. Puisse dans ce domaine les exemples sont légion: Me Joseph Koffigoh, EdemKodjo, Me Agboyibo, Pr Gnininvi… Ils ont payé en popularité, en centaines de milliers de voix dans les urnes, leurs flirts avec le régime RPT. En attendant le dernier chant du Cygne, ils ont encore quelques mois pour faire mentir les prédictions et ils comptent bien s’y employer.

La peur du principe des vases communicants entre l’UFC et l’ANC

L’UFC et l’ANC ont le même corpus idéologique, partageant de facto le même électorat. Elles ont un radical commun, le « C » du changement. Seulement la divergence est advenue sur le moyen d’atteindre l’alternance tant désirée. L’UFC mène désormais sa lutte intra-muros et l’ANC reste dans le maquis en opposant sa guérilla extra-muros au pouvoir quarantenaire du RPT. Différence de méthode et de génération aussi. « Ils finiront par eux-mêmes à se rendre compte de leur erreur et de l’inefficacité de leur méthode » a prédit Gilchrist Olympio dans un meeting.

Un divorce à l’amiable inévitable et vite réglée. Gilchrist Olympio a gardé la maison, la marque UFC et un petit cercle de fidèles et d’obligés. Jean Pierre Fabre a emporté les meubles, c’est-à-dire les militants zélés et les cadres sous sa nouvelle bannière : l’ANC. Patrick Lawson, Eric Dupuy, Isabelle Améganvi et Eric Amerding (signataire de l’APG en 2006) parmi les poids lourds roulent avec J.P. Fabre aujourd’hui… L’ANC est le fruit du partage du patrimoine de vingt ans de lutte politique suite au divorce politique à l’amiable plus fracassant de l’histoire politique du Togo.

Après le partage des meubles politiques, les législatives seront l’occasion du partage de l’électorat, cette fois-ci dans les urnes. La scission entre les deux sœurs siamoises laisse présager que la vague jaune-détia qui raflait la mise électorale au sud du pays risque de virer à l’orange lors des prochaines consultations électorales. Dans cette course effrénée aux électeurs, on observe une perte d’influence de l’UFC qui se double d’un renforcement de l’ANC suivant un effet sablier de popularité. L’ANC c’est un peu l’UFC rajeunie qui cristallise la promesse de l’alternance sans compromission avec le système RPT. Gilchrist Olympio a-t-il sous-estimé la défiance du peuple vis-à-vis du régime des Gnassingbé ? Se fera bouffé à la soupe des urnes ?

Vivement que tombe le verdict des urnes ! Un rabattage des cartes assuré, une reconfiguration des forces politiques et une carte électorale qui sera riche en couleurs. Et tant pis pour les dindons de la farce.

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