La « titrologie » ou l’art de se désinformer des Zémidjamen

Tritrologues

Boulevard Jean Paul II, face de la station Shell de Nukafu, devant un petit étalage de journaux s’attroupe régulièrement une petite foule de lecteurs bien particuliers : ce sont les « titrologues ». Le phénomène n’est pas anodin, il est observé devant presque tous les kiosques de vente de journaux qui fourmillent sur les bords des grandes artères de Lomé. Reportage.

 Les titrologues, premiers lecteurs de la presse écrite

Difficile de se frayer un chemin dans le dédale de motos et de visages marqués par la fatigue. Des yeux rougis par le syndrome de manque évident de sommeil scrutent les papiers mâtés sur le strapontin. Un zémidjaman impassible jette des regards perforant sur les journaux comme des radars, imperturbable il dévore les titres des journaux du jour. De temps en temps, il se retourne vers ses compères, esquisse un sourire ou porte une critique sur tel ou tel autre sujet publié.

Les « titrologues » sont les lèche-vitrines de la presse au Togo, majoritairement des Zémidjamen où parfois de simples curieux. Lecteurs assidus et férus de nouvelles sensationnelles pour les premiers, ils n’achètent pas souvent, ou très peu les journaux. Se contentant juste d’effleurer les gros titres en Une et les chapeaux ou bouts d’articles qui trainent en manchette des quotidiens et hebdomadaires nationaux. Ils y passent souvent leur pause de midi ou parfois font un détour obligé entre deux trajets. Entre deux manchettes de gazettes, ils décrochent parfois le scoop du jour qu’ils vont discuter avec leurs collègues et éventuels clients. Les zémidjamen sont très politisés au Togo et les politiciens savent les exploiter lors des campagnes électorales. En tête des convois lors des manifestations politiques pour des gadgets ou quelques billets.

L’attraction est souvent réciproque entre les Z-men et les vendeurs de journaux qui implantent leurs stands à proximité des stations de moto-taxis.

La « titrologie » c’est aussi la revue de presse de l’homme de rue. 

Délicate épreuve pour les méninges que de décrypter un fait d’actualité à la simple lecture du titre qui le traite. C’est ainsi que très souvent les « titrologues » colportent des intoxications, souvent piégés par des unes pompeuses ou les jeux de mots dans le titrage des journaux. En effet, le titre qui est censé mettre en évidence un sujet, à le développer, peut comporter des ambiguïtés ou des interrogations que seule la lecture dissipera. C’est l’exemple des titres du genre: « L’INAM, une vaste escroquerie d’Etat? » ou « Bientôt des webcams dans nos bureaux de vote ? ». Ces titres ressemblent à des pavés dans la mare, ces interrogations admettent une analyse avec une doigtée ambidextre. Le « titrologue », en revanche, peut s’embrouiller en ignorant volontairement ou involontairement le point d’interrogation et conclure à une affirmation.

Il est courant de voir les Zémidjamen se désinformer inconsciemment sur des sujets ponctuels et parfois même s’engager dans des pugilats d’idées sur des faits d’actualités mal digérés. Ce qui est à tous les égards dommage, car le prix des journaux est à leur portée. Il est nettement plus instructif d’acheter les journaux pour mieux s’enquérir des articles et surtout pour faire vivre les journalistes de leur métier.

Avis au zémidjamen : Arrêtez de mater, achetez la presse !

Un commentaire Ajouter un commentaire

  1. Saibou dit :

    Votre image sur les titrologues m’a intéressé. Je compte l’utiliser pour les annexes de ma thèse.

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