Où sont passés les « Shoes-makers » ghanéens ?

ShoeMakerDepuis quelques mois, ils se font rares dans les rues de Lomé. Point de claquements de bois matinal ni d’accent ghanéen parmi les cordonniers ambulants dans les ruelles de la capitale. A la place de nouveaux acteurs sont entrés en selle pour combler le vide laissé par leur départ.

Les « Shoes-makers » (cordonniers mobiles) ghanéens sont avec les « Médjida » (marchands de broutilles) nigériens, les deux faces d’Epinal du commerce à la sauvette et des services de proximité à Lomé. Ces cordonniers mobiles font partie intégrante du paysage et de la scénographie du quotidien dans la capitale depuis des décennies. Majoritairement ghanéens, ils viennent chercher bonne fortune dans la capitale (Lomé la belle) du pays qu’on présentait jadis comme la Suisse de l’Afrique. Les nostalgiques se souviennent encore ces années bonheurs, dans le Lomé des années 70 où l’argent du phosphate coulait à flot.

De cette époque à ce début de millénaires, les shoes-makers ont écumé quotidiennement les ruelles de Kodjoviakopé, Nyekonakpoè, Tokoin et Bè. Moyennant les précieuses pièces de franc CFA, ils faisaient du rafistolage, du cirage et du rapiéçage de chaussures un métier. Mieux un art avec un savoir-faire remarquable. Métier grâce auquel ils parvenaient à joindre les deux bouts avec des fils et des aiguilles.

Du Togo comme de la Suisse de l’Afrique, ça n’a pas duré bien longtemps. Au tournant des années 90, le Togo a connu une crise politico-économique profonde qui a érodée progressivement le pouvoir d’achat des Togolais et durablement tendue la situation politique. Une démocratie balbutiante se met en place sapée aujourd’hui encore par les jets de pavés d’un côté et les coups de boulets de l’autre. Par contre le Ghana a fait des pas de géant dans le sens opposé ! Il est passé de sa situation d’instabilité politique chronique à modèle de démocratie et de bonne gouvernance de la zone CEDEAO. L’ancienne Côte de l’or produit désormais des barils de brut, de quoi retenir sa jeunesse qui espère ainsi prendre sa part du gâteau pétrolier. Le boom pétrolier annoncé a certainement achevé de convaincre les derniers irréductibles que la cordonnerie ambulante dans la capitale voisine n’est plus rentable. L’économie ghanéenne affiche une sérénité déconcertante et l’inflation est contenue. Ironie de l’histoire, le Franc CFA a perdu des plumes face à un Cédis qui ne cesse de prendre du poil de la bête. La confirmation sans doute pour ceux qui en douterait encore que l’Afrique va à deux vitesses (politique et économique). Ces jeunes des quartiers défavorisés d’Accra et de Kumasi qu’on appelle affectueusement shoes-makers espèrent dorénavant trouver leur place dans un Ghana où le pétrole commence à couler à la pompe.

Les shoes-makers ghanéens se font rares comme des ours polaires. Quid des anciens Shoes-makers ? De fils en aiguilles, il est confirmé que les générations successives de cordonniers ghanéens auraient quasiment tous immigrés en Grande Bretagne ou ailleurs en Occident. En fait, expliquent-ils ce ne sont pas des « cordonniers de passion mais de raison » qui viennent écumés les rues de Lomé pour remplir leurs tirelires afin de réaliser leurs projets d’immigration. Cette business attitude des ghanéens contraste nettement avec le penchant bureaucratique des togolais qui à l’image de leurs ex-colons français préfèrent les beaux costumes aux blouses de services. Généralement, le sens de la débrouille reste la marque de déposée des africains anglophones. Par ailleurs, le métier de cordonnier ambulant n’est pas valorisant aux yeux des Togolais, donc n’attire pas beaucoup les jeunes. Mais reste néanmoins une niche inexploitée, pourvoyeuse d’emplois dont seuls les étrangers tirent profit à Lomé.

La nature comme la rue ayant horreur du vide. De jeunes nigériens ont remplacé à pieds levés les ghanéens. Pour le moment, leurs prestations laissent à désirer, mais l’expérience vient avec la pratique dit-on. Que les loméens ne s’étonnent pas voir de plus en plus de médjida embrasser la carrière de shoes-makers.

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