Ces journalistes togolais qui franchissent la ligne rouge

 Existe-t-il encore des journalistes neutres au Togo ? Les auditeurs et spectateurs des grands moments de débats politiques sur les radios et télévisions se posent régulièrement cette question. Le spectacle que livrent les journalistes lors des revues de presse sur les radios loméennes, devenues des occasions d’échanges très passionnés virant parfois à des agressions verbales, laisse à désirer. Ainsi, les plateaux de Canal Fm ou de Fréquence 1 se transforment  régulièrement en foires d’empoigne pour des journalistes de plus en plus colorés. Les clashes entre patrons de presse sont devenues monnaie courante.

Le choc des partisans

En effet, une règle non écrite veut que Dimas Djikodo (Forum de la Semaine) et Ferdinand Ayité (L’alternative) ne fassent pas bon ménage. Les radios évitent soigneusement d’inviter les deux directeurs de publication sur un même plateau. Au paroxysme de cette situation de tension extrême, le patron de Forum de la Semaine et Francis Pedro Amouzou (Crocodiles News) ont eu des accrochages très électriques lors de l’émission Fréquenc’Actu sur la radio du même nom.

Le gotha de la presse togolaise est fiché à un bord ou à un autre de l’échiquier politique. Les journalistes en vue comme Ferdinand Ayité, Francis Pédro ou la très sulfureuse Fabi Koaci sont ouvertement pro-CST. D’autre part, Dominique Aliziou, Dimas Djikodo ou Germain Pouli sont proches des positions de la coalition UFC/RPT-UNIR. Comment concilier la neutralité de l’analyse et la ferveur de la passion pour un journaliste pris en tenaille entre l’exigence déontologique et l’engagement citoyen ?

Il est courant que la ligne éditoriale d’un journal coïncide avec le corpus idéologique d’un parti politique. Ce qui entraine de facto que les journalistes soient répartis sur les différentes bornes de polarité et selon les différents courants politiques du pays. Au Togo une logique implacable veut que : si tu pourfends ou défends le CST, je te dirai si tu es un journaliste vendu ou populaire? Dans ce contexte, il est normal que les émissions de radio soient si  tendues et ressemblent à des chocs de partisans qu’à des débats d’analystes neutres de la vie politique togolaise. Il n’y a manifestement plus de juste milieu, la neutralité journalistique est crucifiée sur le bucher des préférences éditoriales et intérêts financiers des uns et des autres. La main qui nourrit le journaliste est la main qui oriente son éditorial et son analyse.

Ce qui se fait ailleurs…

En France, le Figaro est de droite et de centre-droit, donc ne prend pas de gants dans sa critique du pouvoir socialiste de François Hollande.Le Monde quant à lui surfe sur un courant idéologique proche du christianisme social et du socialisme réformiste, donc proche de la Gauche française. A l’approche des élections présidentielles, dans un éditorial daté du 3 mai 2007, le directeur de la publication Jean-Marie Colombani a lancé un appel à voter pour la candidate socialiste Ségolène Royal. L’Humanité est ouvertement un quotidien communiste et le Croix est catholique.

Le très célèbre New Times n’a pas fait mystère de sa préférence pour Obama face à Mitt Romney lors de la présidentielle de novembre 2012.

Il relève de la banale normalité que des journaux et des médias voire des journalistes épousent la philosophie d’un mouvement politique. La pluralité des opinions contre la dictature de la pensée unique est la conditionnalité d’existence d’une presse libre dans une nation démocratique.

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