Les Togolais d’accords dans le désaccord

Opponents

Un dialogue sincère plutôt qu’un dialogue tout court, piloté par un médiateur étranger qui fasse l’unanimité. De préférence une guest star du genre Desmond Tutu ou Joachim Chissano. Voilà le remède-miracle que propose l’opposition togolaise pour pallier au blocage politique togolais. Alors même qu’il y a quelques semaines, le conglomérat CST/Arc-en-ciel appelait à la chute du régime en place par moyen de désobéissance civilo-civique et marches intensives. Volte-face ? A l’ANC, la  surenchère politique excessive a fini par tendre les lignes dans les rangs et entrainer des défections de membres non moins éminents dont le Pr Comi Toulabor. Couac des égos sur l’efficacité de la stratégie de défiance envers le pouvoir d’une part, ou sursaut de lucidité sur les limites des actions menées jusque-là d’autre part ? Pourquoi réclamer la chute d’un régime la veille et le lendemain vouloir négocier avec lui ? Serait-ce un changement durable de stratégie ou un simple calcul realpolitik ponctuel des leaders du CST/Arc-en-ciel ?

Selon des sources concordantes, les tractations auraient abouti sur un protocole de dialogue inclusif entre les différents acteurs. Même Jean Pierre Fabre qui trainait des pieds a dû se résoudre à retourner dans le vestibule républicain pour tenter de dissiper la tempête électorale qui s’annonce. De quoi apporter du grain à moudre au moulin des détracteurs de l’allégorie même de cette opposition radicale aux méthodes franchement contestables. Beaucoup raillent déjà cette nouvelle posture de Jean Pierre Fabre & associés, qui désormais disent-ils « quémanderaient » le dialogue alors que plusieurs fois ils ont craché sur les mains tendues du gouvernement. De la tentation insurrectionnelle à la table ronde de la realpolitik, la stratégie de l’opposition semble parfois illisible voire anachronique. Analyse des moyens, des inflexions et limites de cette stratégie.

Rien n’est encore gagné !

La résurgence sur la table de négociation des éternels préalables pourrait saper d’entrée de jeu l’ambiance comme ce fut le cas lors du CPDC et du quartette. L’ANC n’hésitera pas à piocher dans son « panier à préalables » comme ironisait Dominique Aliziou qui en plus de tenir des analyses souvent caustiques a parfois un vrai sens de la formule.  Beaucoup d’observateurs parient sur l’échec de cet ultime dialogue sous la seule réserve d’appeler l’opposition au pragmatisme et faire preuve d’un courage politique. Pour éviter un passage en force du pouvoir, l’opposition devrait se concentrer sur l’essentiel du corps du dialogue. A savoir les réformes (constitutionnelles et du code électoral) et le choix des membres de la CENI au lieu de déverser un flot de revendications liminaires sur des questions comme l’application des recommandations de la CNDH, restitution des matériels de sonorisation ou le retour des députés ANC à l’Assemblée etc…

La législature actuelle est tombée dans le vide constitutionnel depuis le 11 novembre dernier, cependant la question du retour des 9 députés ANC, véritable serpent de mer pourrait être le point d’achoppement du dialogue tant escompté.

L’union sacrée de l’opposition survivra-t-elle à un éventuel échec du dialogue ?

La coalition de circonstance CST/Arc-en-ciel pourrait ne pas survivre à un éventuel échec de cet ultime dialogue. Les deux noyaux durs de cette alliance de façade que sont l’ANC et le CAR ont deux visions différentes des moyens pour atteindre leur objectif commun : c’est-à-dire l’alternance politique au sommet de l’Etat. Le CAR est un parti de tendance électoraliste qui croit en l’alternance par les urnes aux moyens de négociations pour sortir de la crise. La coalition Arc-en-ciel travaille pour rassembler la classe de l’opposition dans une alliance électorale contre le RPT/UNIR. Elle espère que l’opposition alignera des listes communes dans chacune de circonscription lors des futures législatives.

Par contre, l’ANC lorgne sur la crise pour recruter son électorat et mise plutôt sur l’insurrection politique voire armée.  Les partisans de Fabre sont restés dans la rue sans intermittence depuis le début du quinquennat et le leader de cette formation répète à tout bout de champ qu’il n’est pas un adepte du dialogue. Elle appelle de tous ses vœux à l’alternance mais ne croit pas aux urnes. Le fabrisme c’est un extrémisme démagogique un brin utopique. Alors pas étonnant que son partenaire de coalition, Agbehomé Kodjo dise qu’il a la certitude que « l’alternance aura lieu avant la fin de cette année ». Nul besoin de rappeler que la prochaine présidentielle se tiendra en 2015 et qu’Agbehomé ne précise pas comment compte-t-il faire exaucer son vœu pieux.

Voici ainsi peint le tableau politique du Togo en cette fin d’année 2012, un pouvoir jusqu’au-boutiste et une opposition disparate. Une démocratie électorale facteur d’instabilité électorale.  Avec l’un des systèmes électoraux les plus déséquilibrés de la sous-région, le Togo est accoutumé à des crises postélectorales violentes. Un découpage électoral outrageusement déséquilibré, une CENI noyautée  par un pouvoir trop fort. En espérant que l’opposition garde dans son viseur ce qu’est l’enjeu du dialogue à venir et stopper sa fuite en avant. Les politiques togolais d’une manière générale se sont arrangés pour ne pas s’entendre. La douzaine de dialogues et accords signés reposent dans le cimetière des lettres mortes.

Le compte à rebours est lancé, cette fois il n’y aura pas de préalable à la décrispation de la crise politique togolaise. Pour que vienne l’ère des élections sans contestation ni effusion de sang.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s